C'est le progrès

Années 50 : La découverte du réfrigérateur à gaz

Parmi les marques qui sont entrées dans le langage commun au point de remplacer le nom commun que l’on devrait utiliser, le frigidaire est l’un des plus connus compte tenu de son succès dans les années 60.

Or on sait moins, que ce succès a été précédé par de féroces batailles commerciales au début des années 50 entre les tenants deux technologies radicalement opposées : celle des radiateurs à compression et celle des radiateurs à gaz … C’est ce que vous allez pouvoir découvrir à la lecture d’extraits d’articles publiés dans Arts Ménagers en mai 1950, 1953 et 1954.

Si les réfrigérateurs à compression l’ont par la suite largement emporté, ceux à gaz reviennent au goût du jour ces dernières années auprès d’une certaine clientèle.

La flamme qui gèle, Absorption …. ou Compression ? 

Arts Ménagers, mai 1950 – 1954

Les techniciens de l’art ménager vous diront doctement que les appareils de réfrigération peuvent appartenir à deux catégories. Dans la première, on utilise le froid provoqué par la détente d’un gaz préalablement comprimé. Dans la seconde, au contraire, on utilise le froid produit par la condensation d’un gaz dissous dans un liquide.

La première catégorie comprend donc un compresseur, dans la deuxième catégorie, il suffit d’une source de chaleur pour obtenir l’évaporation d’un gaz dissous dans un liquide et dont la condensation ultérieure provoquera le froid désiré.

Cette source de chaleur est très aisément obtenue avec le gaz de ville au moyen d’un simple brûleur. Et quand nous disons : « un simple brûleur », nous sommes loin d’exagérer. A titre de comparaison, le brûleur de la table de travail d’une cuisinière à gaz consomme en une heure, à plein débit, environ 0,5 mètre cube de gaz. Le début du brûleur d’un réfrigérateur varie entre 0,08 et 0,1 mètre cube de gaz, et ce débit horaire tombe à 0,05 m° quand la flamme se met en veilleuse. 

Ceci explique aisément que la canalisation d’amenée du gaz au réfrigérateur est d’un diamètre extrêmement faible : de 6 à 8 millimètres seulement et, très souvent, elle est constituée par un petit tuyau de cuivre. Il est évident que d’une façon générale, ce tuyau sera branché directement sur la canalisation déjà existante, sans qu’il soit nécessaire de renforcer celle-ci.

Il est souvent demandé si la tuyauterie qui dessert en gaz le réfrigérateur doit être prise avant ou après le compteur de gaz. Remarquons tout de suite qu’en règle générale tous les appareils d’utilisation du gaz doivent être branchés après le compteur. Toutefois, certaines exploitations gazières font parfois une exception en faveur du réfrigérateur à gaz dont la consommation est alors réglée sur la base d’un forfait annuel.

Quelques conseils d’ordre pratique. 

  • Une question qui intéresse au premier chef la maîtresse de maison est le prix de revient de ce moyen de confort vraiment idéal qu’est le réfrigérateur. La consommation de gaz annuelle varie, suivant le volume intérieur de l’appareil, entre 300 et 400 mètres cubes.

Le montant de la dépense sera aisé à établir en prenant le prix unitaire du mètre cube de gaz de la « tranche » où se trouve indiquée la consommation de cette catégorie.

  • Où, dans la cuisine, installer le réfrigérateur à gaz? Il convient de rappeler que l’on doit éloigner, autant que faire se peut, le réfrigérateur de toute source de chaleur naturelle ou artificielle. C’est dire que, d’une part, on évitera qu’il soit exposé aux rayons solaires, d’autre part et surtout, on évitera qu’il soit placé à côté de la cuisinière, d’une chaudière de chauffage central, d’un radiateur, etc.
  • Ensuite, comment la maîtresse de maison s’y prendra-t-elle pour régler la marche de son appareil ?

Le seul mécanisme qui soit à sa disposition est un petit tambour portant les graduations en général de 1 à 7. Ce tambour commande le thermostat qui, lui, agit sur le débit du brûleur à gaz.

Étant donné que la bonne température de conservation des aliments à l’intérieur du réfrigérateur est de l’ordre de 5°, la maitresse de maison devra agir sur le tambour pour que cette température de 5° soit maintenue en permanence à l’intérieur de l’appareil, été comme hiver.

En été, elle déplacera l’index du thermostat vers les chiffres supérieurs et tout au plus elle pourra arriver jusqu’à la graduation MAX indiquant qu’elle fait tomber le maximum de froid à son appareil. En hiver, au contraire, elle aura intérêt à ramener les graduations 2 et 3 du thermostat vers le point de repère fixe. 

Pourquoi et comment choisir l’un plutôt que l’autre ?

Son fonctionnement, commun aux deux procédés, est des plus simples. La compression d’un gaz (soit par dilatation en le chauffant en vase clos, soit par pompage et refoulement mécanique) amène sa liquéfaction.

Ce liquide, introduit dans un évaporateur, reprend la forme gazeuse en produisant le froid, comme toute évaporation. La surface extérieure de l’évaporateur, placé dans un meuble soigneusement calorifugé, échange sa température par contact intime avec l’air contenu dans ce meuble. Un thermostat automatique ou un réglage à plusieurs allures commande la fréquence des cycles de réfrigération nécessaires pour abaisser la température intérieure, dès qu’elle s’élève au-dessus du degré désiré, correspondant au réglage.

Chacun des deux procédés a un domaine d’application propre. Les organes de réfrigération par absorption sont immobiles et occupent un encombrement moindre que ceux par compression : ceux-ci ne sauraient trouver place dans un meuble de dimensions réduites. Par ailleurs, le prix d’équipement par absorption est très inférieur à celui de l’équipement par compression (moteur électrique), donne mieux en rapport avec le prix des meubles de petites dimensions.

Pour les grands meubles, par contre. l’équipement par compression présente des avantages indéniables, notamment une appréciable économie de consommation. Ces considérations ont amené les constructeurs à mettre sur le marché des appareils à absorption pour les capacités utiles (1) de 30 à 135 litres (un seul modèle proposé en 200 litres), et des appareils à compression pour les capacités de 95 à 360 litres.

C’est donc entre les appareils de 95 à 135 litres de capacité utile que l’acheteur peut exercer son choix du procédé de réfrigération.

Pour mieux visualiser les 2 technologies

La réfrigération par absorption : 1. Condenseur 2. Evaporateur 3. Absorbeur 4. Bouilleur 5. Gaz d’ammoniac 6. Ammoniaque pauvre 7. Ammoniaque riche 8. chauffage 9. Cheminée 10. Doseur 11. Tiroir à glace

La réfrigération par compression : 1. Compresseur 2. Condenseur 3. Réservoir 4. Doseur 5. Evaporateur 6. Gaz réfrigérateur 7. Liquide 8. Tiroir à glace

Aujourd’hui, le réfrigérateur à gaz a de nouveau la cote 

Le réfrigérateur à gaz connaît visiblement une nouvelle jeunesse avec le succès des camping-cars. Un ‘’frigo-gaz’’ n’a pas besoin d’électricité pour fonctionner. C’est d’ailleurs l’intérêt principal de ce type d’appareil : il permet d’être autonome en énergie. Une bouteille de gaz de 13 litre est un bon compromis entre autonomie et encombrement. 

Reste qu’il est important de respecter quelques précautions : il faut par exemple veiller à ce que ses grilles d’aération ne soient pas pris dans des courants d’air car sinon la petite flamme bleue pourrait s’éteindre et de stopper le fonctionnement du frigo !