France

L’église Saint-Joseph au Havre

Plus de vingt ans après avoir construit l’église Notre-Dame de la Consolation au Raincy, Auguste Perret réalise au Havre un autre de ses chefs-d’œuvre, l’église Saint-Joseph.

Sa tour lanterne s’élève à 104 mètres de haut. Plus de 50 000 tonnes de béton ont été nécessaires à sa construction.  

Une édifice spectaculaire pour remplacer une église inachevée

Architecte-en-chef et responsable de la reconstruction du Havre, l’un des plus importants chantiers à l’époque en France, et des plus médiatisés dirait-on aujourd’hui, Auguste Perret se réserve le soin de reconstruire l’église Saint-Joseph. La précédente église, qui datait d’après l’Exposition maritime de 1871, ayant été complètement détruite lors des bombardements de l’été 1944.

Auguste Perret décida de positionner la nouvelle église Saint-Joseph à l’emplacement de l’ancienne place Saint-Joseph, légèrement en retrait du boulevard François 1er. C’est un édifice tout à fait spectaculaire qui va remplacer une église inachevée puisque son clocher ne fut jamais construit et que ses cloches avaient été installées dans une baraque en bois.

Visible en mer à plus de 60 kilomètres

La pose de la première pierre de l’église Saint-Joseph s’effectue le 21 octobre 1951. À la mort d’Auguste Perret, en 1954, le gros œuvre est à peine terminé. Les architectes de l’atelier Perret, dont Georges Brochard et Raymond Audigier, achèvent le travail. Les aménagements intérieurs sont réalisés par Guy Verdoïa. Le chantier sera interrompu à plusieurs reprises pour des raisons financières. La consécration du maître-­autel a lieu en 1964. Fait exceptionnel, cette église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1965 à peine dix ans après son achèvement. Elle fut classée monument historique en 2018.

Edifice emblématique de la reconstruction du Havre, la tour lanterne de l’église Saint-Joseph s’élève à 104 mètres de haut,  marque l’entrée de la Porte Océane et reste visible en mer jusqu’à 60 kilomètres

La tour-lanterne de l’église Saint-Joseph marque l’entrée de la Porte Océane  
Le projet pour l’église Ste-Jeanne d’Arc  

Le fruit d’une longue réflexion

Auguste Perret conçoit ainsi l’église Saint-Joseph comme un mémorial en souvenir des 3 000 victimes des bombardements, le symbole de la souffrance et de la résurrection de la ville.

Auguste Perret, suivant la suggestion de Jacques Tournant, a repris au Havre, en l’améliorant, le projet qu’il avait conçu en 1926 pour la basilique Sainte-Jeanne-d’Arc à Paris, mais qui n’avait pu aboutir. Projet dont il s’était inspiré également pour l’église Notre-Dame de la Consolation au Raincy.

Le socle carré surmontée d’une structure pyramidale tronquée sur laquelle repose la tour-lanterne © JLV 

Aux quatre coins de la nef carrée de 40,60 mètres de côté et de 25 mètres de haut, quatre pylônes de 6,30 m x 6,30 m constitués chacun de quatre piliers en béton armé de 1,30 m x 1,30 m reliés par des croix de Saint-André. Ce socle est surmontée d’une structure pyramidale tronquée qui s’élève à 35 mètres. Le clocher orthogonal se termine par une poutre-ceinture sur laquelle repose la flèche surmontée d’une croix. Un escalier hélicoïdal, qui monte sur une des arêtes intérieures du clocher, conduit à la chambre des cloches. 

Dans ce plan centré, l’autel se situe au centre, le prêtre officiant ainsi au milieu des fidèles. 

L’édifice est entièrement réalisé en béton brut (brut de décoffrage, béton bouchardé, ou béton lavé avec du gravier apparent). 50 000 tonnes de béton ont été nécessaires à sa construction. La tour-lanterne repose sur des pieux enfoncés dans le sol à une profondeur de 12 mètres.

Auguste Perret et son équipe sont ainsi parvenus à créer un édifice très haut, d’apparence légère et délicate, mais capable de supporter les tempêtes. 

L’un des quatre piliers en béton armé de 1,30 m x 1,30 m reliés par des croix de Saint-André  © JLV
La tour-lanterne éclairée par les milliers de morceaux de verre enchâssés dans le béton © JLV

D’un commun accord entre l’abbé Marie, curé de Saint-Joseph lors de sa construction et Auguste Perret, aucune peinture n’orne l’édifice. 

Œuvre du maître verrier Marguerite Huré qui avait déjà réalisé les vitraux de l’église Notre-Dame de la Consolation du Raincy, les 12 768 morceaux de verre enchâssés dans les parois de la tour-lanterne, diffractent la lumière en de multiples nuances qui varient au fil de la journée.  

Le seuil franchi, le regard s’élève naturellement vers le haut

L’architecture de l’église Saint-Joseph est en elle-même une invitation au spirituel. Dès le seuil franchi, le regard s’élève naturellement vers le haut. L’aménagement intérieur est sobre, fonctionnel. La pente inclinée vers l’autel favorise la visibilité de tous. A noter, détail quelque peu inattendu dans un pareil édifice, les sièges se replient comme des fauteuils de cinéma. Les comme des strapontins. Le sol en liège compressé permet d’absorber le son des pas. Rien ne doit venir perturber le recueillement des fidèles et des visiteurs.

JLV

SOURCES :

  • ‘’Patrimoine Sacré du XXème et du  XXIème siècle, Paul-Louis Rinuy, collection patrimoine en perspective, Éditions du patrimoine   
  • ‘’L’’architecture moderne en France, tome 2, du chaos à la croissance, 1946-1966’’, Joseph Abram,  Éditions Picard, 1999
  • Fiche Docomomo, réalisée par Raphaëlle de Saint-Pierre (sous la direction scientifique de Fabienne Chevallier et Joseph Abram)
  • ‘’Auguste Perret’’, collection Carnets d’architectes aux éditions du Patrimoine
  • ‘’Le Havre 1517 – 1986’’, Jean Legoy, Martine Liotard, Philippe Manneville, Henri Dulaurier, Eric Devilly, Éditions du P’tit Normand, 1986