France Habitat collectif

L’immeuble vu depuis la Seine – Architecture Française, 1956

Le Panoramique, quai Louis Blériot à Paris

Même s’il n’a pas l’un des immeubles remarquables des années 50, sa silhouette est connue de bon nombre des parisiens. Et pas seulement depuis qu’un épisode des 5 dernières Minutes avec le célèbre Inspecteur Bourrel y a été tourné. 

Car cet immeuble de 14 étages dépasse largement la hauteur autorisée par le règlement d’urbanisme à l’époque de sa construction au milieu des années 50. Au point même que ses concepteurs ont dû mettre au point tout un dispositif pour acheminer l’eau courante dans les étages supérieur.

Nous reproduisons, ci-dessous, l’article consacré à cet immeuble dans la revue Architecture Française en 1956.

Immeuble panoramique quai Blériot

Architecture Française, n° 163-164, 1956

André Aubert, architecte-en-chef

Cet immeuble collectif, construit à Paris en bordure de Seine a été conçu pour donner au plus grand nombre possible d’appartements la vue sur le fleuve. La solution d’un immeuble allongé et de grande hauteur s’imposait mais elle n’a pu être réalisée que grâce aux dérogations prévues au programme d’aménagement de la Ville de Paris et qui permirent, dans ce cas particulier, d’envisager un immeuble de 50 mètres de hauteur comprenant 14 étages sur rez-de-chaussée.

Plan d’ensemble : la zone des jardins protège le bâtiment principal (A) des bruits de la circulation dans l’avenue de Versailles. On remarquera, devant le bâtiment B, l’entrée du garage souterrain pour 200 voitures.

Façade Sud-Est vers la Seine. L’accompagnement du volume principal par des volumes secondaires et le jeu des balcons sur la façade évitent l’impression de lourdeur qu’un bloc unique aurait pu provoquer.  

Les travaux, depuis l’ouverture du chantier le 1er octobre 1953, se poursuivent à un rythme remarquable puisque le gros œuvre s’éleva régulièrement à la cadence de deux étages par mois. Ceci fut rendu possible grâce à la parfaite coordination établie entre les divers corps d’état, l’entreprise pilote Dumont et Besson et les architectes dirigés par André Aubert, et les différents corps d’état.

Quelques chiffres montrent l’ampleur des travaux réalisés : 600 pieux en béton de 13 mètres de longueur supportent les bâtiments. Quinze planchers cumulés représentent une superficie totale de quatre hectares. Trois kilomètres de balcons s’étendent le long des façades. Six millions de litres de béton, plusieurs centaines de tonnes d’acier ont été mis en œuvre. Six cents ouvriers ont travaillé simultanément sur le chantier.

Plan du rez-de-chaussée : On remarquera les larges pénétrations formant halls d’accès aux escaliers et laissant apparaître, de la voie en bordure de Seine, les jardins aménagés derrière le bâtiment principal. Les rampes d’accès au garage souterrain sont situées à l’extrémité Nord-Est du groupe.  

L’ensemble réalisé comporte 300 logements allant du studio à l’appartement de 5 pièces. Un garage souterrain pour 200 voitures, un jardin planté d’arbres de 7.000 mètres carrés, un parking pour 50 voitures en bordure de l’avenue de Versailles, deux jardins d’enfants sont en cours d’achèvement.   

Une chaufferie centrale, alimentée au mazout distribue chaleur et eau chaude à la totalité des bâtiments.

L’implantation des bâtiments étant sensiblement Nord-Sud, on a réussi à donner ainsi à chaque logement deux façades ensoleillées, l’une vers la Seine et l’autre sur les jardins (à noter que ceux-ci représentent 75% de la superficie totale du terrain).Par le jeu des retraits, par l’arabesque des balcons, par l’étude de la couleur, les architectes ont cherché à intégrer harmonieusement leur bâtiment dans la ligne générale des rives de la Seine.

Les appartements

Plan d’un étage courant : le groupement dans une bande centrale des salles de bains et des sanitaires a permis d’utiliser au maximum les deux façades pour les pièces d’habitation.

L’ensemble réalisé comporte l’aménagement de 300 appartements répartis dans les bâtiments A, B et C, suivant une gamme allant du simple studio à l’appartement de 5 pièces. Leurs superficies respectives correspondent, à l’exception de quelques-uns, aux normes minimales permettant d’obtenir des crédits à la construction. Des appartements logiquement conçus : indépendance de toutes les pièces, dégagement central pouvant servir d’extension du séjour, séparation des pièces de jour et des pièces de nuit.

Plans des principaux types de logements : appartement de 4 pièces (1), appartement de 3 pièces (2), appartements de 5 pièces (3). Légendes : 1. Entrée, 2. Séjour, 3. Chambres, 4. Cuisine.

Vue de la façade donnant sur l’avenue de Versailles – Architecture Française, 1956

Vue de l’angle nord-est et détails des balcons du bâtiment A – Architecture Française, 1956

La pression de l’eau dans les canalisations publiques n’étant à Paris que de 3 kg au sol, l’alimentation en eau potable de cet immeuble de 14 étages a été envisagée dès le début des études comme s’il s’agissait de deux immeubles superposés : l’immeuble bas de 7 étages est alimenté directement par l’eau de la Ville, l’immeuble haut de 7 étages par un groupe surpresseur. 

Une salle des pompes et des réservoirs de 15 mètres de longueur, 3,70 mètres de largeur et 4,20 mètres de profondeur a été construite en sous-sol, à l’angle du quai Louis Blériot et de la rue Wilhem. Elle comporte un cuvelage étanche de 2,10 mètre de hauteur pour éviter les infiltrations possibles dues aux crues de la Seine.

Le Panoramique photographié par Roger Henrard en 1955

Le quai Louis Blériot, le square Victorien-Sardou, l’hôpital Sainte-Périne. Paris (XVIème arr.). Vue aérienne oblique vers le Nord-Ouest. Secteur : port d’Auteuil, Institution Sainte-Perine. 1955. Photographie de Roger Henrard (1900-1975). Paris, musée Carnavalet Ph 344 – 15616
L’avenue de Versailles, le quai Louis Blériot et le port de Javel, Paris (XVIème et XVème arr.). Vue aérienne oblique vers l’Est. Secteur : en face des usines Citroën. 1955. Photographie de Roger Henrard (1900-1975). Paris, musée Carnavalet Ph 344 – 15614

La construction du Panoramique

Fondations : 600 pieux de 13 m. 50 en béton

Ossature : panneau de béton banché dans des coffrages métalliques

Planchers P.O. : poutrelles préfabriquées et corps creux en béton

Préfabrication de tous les éléments horizontaux (linteaux, refends, balcons, volées d’escaliers et paliers)

Remplissage des allèges et refends en briques creuses. Tous les murs extérieurs en béton sont doublés intérieurement d’une paroi de briquettes de 5 cm d’épaisseur.

Enduits extérieurs : Cimentalithe de teinte claire pour l’ensemble des étages. Lithogranit de teinte grise pour les rez-de-chaussée, piliers et vestibules d’entrée. Sols intérieurs : parquet Boulenger collé ou Dalami. Carrelage grès cérame 10/10 pour les cuisines et les salles d’eau.

Menuiserie extérieures :  métalliques. Balcons extérieurs : métal déployé de forte section dans l’armature en fer à U, large main courante en fer peint.

Escaliers et vestibules :  revêtement en dalles de Comblanchien de 30/30