France

Les immeubles de Jean Ginsberg à Montrouge

Situé à un bon kilomètre de la Porte d’Orléans, cet ensemble immobilier n’est pas le plus célèbre de Jean Ginsberg. Pourtant ce groupe d’immeubles construits avec Georges Massé mérite tout notre attention, d’autant que son récent ravalement a redonné toutes ses couleurs à sa polychromie d’origine.

L’article des architectes paru dans la presse de l’époque

Architecture d’Aujourd’hui 1953, numéro 46

La superficie du terrain est de 3.600 m2. L’ensemble comprend deux bâtiments de 7 étages sur rez-de-chaussée, sur la place Jules Ferry et l’avenue Léon Gambetta, avec un bâtiment de jonction de 5 étages sur pilotis, et côté avenue Léon Gambetta, un petit bâtiment de 4 étages en prolongement du bâtiment principal. Les espaces libres sont aménagés en jardin et un garage en sous-sol est prévu sur toute la superficie du terrain.

Cet ensemble de constructions comporte 150 logements de une à quatre pièces principales avec salles de bains, cuisines, loggias, vide-ordures et séchoirs à ‘étage, ascenseurs desservant directement le garage en sous-sol. Il est construit en béton armé avec des planchers préfabriqués, toitures-terrasses, façades polychromes. 

Plan-masse de l’opération

Ce groupe d’habitations étant destinés aux classes moyennes, le principal souci des architectes a été la recherche de l’économie. Ils considèrent comme un succès d’avoir obtenu l’accord de l’Administration sur la suppression des retraits aux derniers étages – d’où la simplification considérable de la construction. Les différents éléments de la structure et de l’équipement ont été normalisés, les salles d’eau groupées, la plomberie préfabriquée en atelier, sera mise en place sitôt le gros œuvre décoffré. La volonté d’abaisser le prix de revient se trouve contrariée par l’obligation de respecter les règlements d’hygiène existants, qui imposent une vraie forêt de conduits de fumée et d’aération ‘’individuels’’ par logement, interdisant l’emploi de conduits unitaires, bien que ceux-ci aient fait largement leur preuves à l’étranger.

Plan-type d’appartements

Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, dont la doctrine milite si énergiquement en faveur de l’abaissement du coût de la construction, tolérera-t-il longtemps encore cette réglementation surannée, source de gâchis d’argent et de surface bâtie ?

Jean Ginsberg et George Massé – publié dans la revue Architecture d’Aujourd’hui en décembre 1952. La photo de la maquette en couleurs est extraite du numéro 46 publié en 1953

Ce Groupe d’immeubles aujourd’hui

Façade de l’immeuble donnant Place Jules Ferry © JLV

Né en Pologne, Jean Ginsberg a été formé par Mallet-Stevens, Auguste Perret, Le Corbusier et André Lurçat. Architecte et agissant souvent comme promoteur de ses projets, Jean Ginsberg est à l’origine dans les années 30 se fait connaître pour ses immeubles à l’architecture moderne fonctionnaliste reconnaissable notamment par l’esthétique de ses balcons filants. Cet ensemble immobilier de Montrouge a été construit entre 1951 et 1956, période pendant laquelle Jean Ginsberg réalise ses œuvres le plus célèbres (la Résidence de la Muette rue du Docteur Blanche, l’immeuble de la rue du Ranelagh,  de la rue des Belles-Feuilles et du général Camou notamment).

 

Les quatre immeubles qui composent cet ensemble sont remarquablement bien conservés. Ils ont fait l’objet récemment d’un ravalement qui met vraiment en valeur cette architecture. 

A la polychromie d’origine des façades s’ajoute sur le pignon du petit immeuble de la rue Léon Gambetta une peinture murale abstraite de Caziel, pseudonyme de l’artiste peintre polonais Casimir Zielenkiewic. 

Mur peint de Caziel

On sait que Jean Ginsberg, membre du Groupe Espace, avait pour habitude de faire appel à des artistes pour apporter la touche finale à ses immeubles. Ainsi, la fontaine-sculpture noire de Pierre et Véra Székely et André Borderie au 19 de la rue du Docteur Blanche, la mosaïque de Victor Vasarely rue du général Camou dans l’immeuble construit avec Pierre Vago.

A Montrouge, c’est une sculpture du plasticien Émile Gilioli qui marque l’entrée de l’immeuble Place Jules Ferry.      

Sculpture d’Emile Gilioli

On retrouve dans l’immeuble de jonction qui se trouve à l’intérieur de la parcelle la structure sur pilotis que Jean Ginsberg affectionne et qui est un des éléments marquants de son très célèbre immeuble de la rue de la rue du Docteur Blanche à Paris. Des pilotis mis en valeur par les aplats de couleur tout à fait réussis. Tout comme  le toit-terrasse de cet immeuble. 

A gauche l’immeuble donnant sur la place Jules Ferry
Le toit-terrasse de l’immeuble de jonction
Les pilotis qui soutiennent l’immeuble de jonction
Sous l’immeuble de jonction

Par contre, aucune trace aujourd’hui des auvents ‘’brésiliens’’ sur les toits-terrasses des deux immeubles principaux alors qu’ils figurent sur le dessin publié dans le numéro d’Architecture d’Aujourd’hui de décembre 1952. Seule demeure la cheminée du paquebot.

Le grand immeuble donnant rue Léon Gambetta
Sous l’immeuble de jonction

Un groupe d’immeubles de Jean Ginsberg peu connu, mais qui mérite vraiment une petite escape en proche banlieue. D’autant qu’il se trouve à deux pas de la résidence Buffalo de Fernand Léger !

JLV