France

Le chantier des immeubles préfinancés par l’État, place de l’Hôtel-de-Ville en 1952 – Architecture d’Aujourd’hui

Les ISAI de la place de l’hôtel-de-ville

Les immeubles préfinancés par l’État, place de l’Hôtel-de-Ville du Havre ont été les premiers bâtiments définitifs construits après la Libération. Un chantier entre 1948 et 1952 qui a forcément donné lieu à de nombreux articles dans la presse de l’époque.

Nous reproduisons aussi, ci-dessous, l’article dans lequel les architectes de l’Atelier Perret explique en 1946 les étapes de sa conception, coincées entre les orientations prédéfinies par leur maitre, Auguste Perret, et les contraintes du terrain. Intéressant pour comprendre tant le fonctionnement de l’Atelier Perret que les principes constructifs de cet ensemble immobilier iconique.

A voir également, des photos du quartier avant-guerre et de l’évolution du chantier.

Les Immeubles d’État de la place de l’Hôtel-de-Ville

Techniques & Architecture, juillet 1946

par l’Atelier Perret

Les Premières manifestations concrètes de la Reconstruction définitive, entreprises sous l’initiative de l’État, se situent au cœur même de la cité future, sous la forme d’un ensemble de 330 appartements distribués à l’emplacement des 4 îlots bordant, au sud, l’ancien jardin de l’Hôtel-de-Ville.

Quatorze architectes de l’Atelier de Reconstruction de la Ville du Havre ont été désignés par l’Architecte-en-Chef pour cet ensemble qui leur a été confié par l’État, en opérations distinctes.

Par une discipline librement consentie, dans le désir de rendre hommage au maître qui personnifie pour eux l’Architecture, et dont l’œuvre est comme une illustration de la doctrine commune, les 14 architectes ont décidé, pour les immeubles de l’Hôtel-de-Ville, de faire œuvre collective et d’exprimer le parti élaboré par l’ensemble de l’Atelier par l’application stricte du langage technique et architectural défini et perfectionné par les frères Perret : portiques en béton armé apparent avivé par bouchardage, construits sur une trame uniforme de carrés. Remplissages de ces portiques par une ossature secondaire de cadres de baies, allant du plancher au plafond et rigoureusement normalisés suivant un type unique. Couverture en terrasse. Façades à saillies de construction et de protection fortement accusées. Conservant son initiative pour la détermination du parti général et pour la distribution et l’aménagement des plans intérieurs, l’Atelier a même décidé, malgré quelques suggestions individuelles différentes, d’adopter le principe de façades des bâtiments à trois étages proposé par l’Architecte-en-Chef et adopté d’autre part par celui-ci pour les façades de la place Fichet à Amiens. Les différences locales et l’adjonction d’immeubles de 9 étages marquant fortement l’ensemble du Havre, suffiront à assurer à chacune des places de ces deux villes un caractère bien différent et accusé.

(…) La superficie du terrain étant de 2 hectares (voirie comprise) et le nombre d’habitants estimés d’après le programme d’appartements donnant une population de plus de 1.000 habitants, il en résulte une densité plus élevée que celle des îlots avant leur destruction, dont la population n’atteignait que 700 habitants (1936).

La faible résistance du sous-sol du Havre interdisant de multiplier la hauteur des étages, cette densité élevée posait immédiatement un problème difficile  encore aggravé par le souci de conserver les dimensions des anciens îlots. (…) Le surplus de densité devait donc être absorbé par des bâtiments plus élevés, d’un nombre d’étages suffisant pour justifier des ascenseurs et pour autant que le permet la médiocre résistance du sol.

Une ordonnance tout à fait classique

L’Architecte-en-Chef avait proposé, pour les principales villes et places du Havre, une ordonnance d’architecture comparable à celle de la rue de Rivoli (à gauche), à Paris. L’association de cette ordonnance avec le principe des ossatures apparentes marquera la nouvelle ville d’un rythme puissant (à droite, un immeuble boulevard Suchet à Paris construit par les frères Perret). Suivant l’idée proposée par Balzac, il y a cent ans, et réalisable aujourd’hui grâce au béton armé, un large ‘’balcon-abri’’ ininterrompu, à hauteur du premier étage, protégera les piétons de la pluie. Des galeries sous portiques borderont les voies principales.

La rue de Rivoli
L’immeuble des frères Perret boulevard Suchet

La recherche du parti pris

Afin de montrer avec quelle liberté intervient l’apport individuel dans le travail d’équipe de l’Atelier de la Ville du Havre, nous reproduisons ci-après quelques dessins choisis parmi les études personnelles des membres de l’Atelier ayant fourni un apport particulièrement important. 

La disposition de ces immeubles haut a suggéré plusieurs ‘’partis’’ très différents

Tout d’abord a été envisagé la solution théorique à laquelle conduit la considération du meilleur ensoleillement pour l’intérieur des appartements : les grandes façades exposées au Sud et au Nord, chaque appartement ayant des pièces ouvertes sur les deux orientations. De tels bâtiments, portant une grande ombre sur e sol vers le Nord en hiver, devaient nécessairement se situer en bordure Sud d’un grand espace non construit : le long du jardin de l’Hôtel-de-Ville. Ce parti a été soigneusement étudié jusque dans les détails de distribution intérieure, puis abandonné pour des raisons d’aspect ; le grand écran constitué par ces immeubles élevés eut été la plupart du temps à contre-jour et aurait, de ce fait, attristé le jardin de l’Hôtel-de-Ville et écrasé de sa masse obscure les futurs bâtiments municipaux.

L’orientation la plus favorable pour les appartements est évidemment la moins favorable pour les espaces libre avoisinants, et cette considération a fait abandonner, malgré tous leurs avantages, les immeubles hauts en bandes Est-Ouest. On sait que de tels immeubles reçoivent peu de soleil sur leurs façades principales en hiver, alors qu’ils reçoivent beaucoup plus en été qu’un bâtiment identique orienté perpendiculairement.

L’éventualité d’une extension du programme d’immeubles d’État sur es deux petits côtés de la place de l’Hôtel-de-Ville a fait alors envisager de disposer deux grands bâtiments élevés (de 10 à 12 étages)sur les bords latéraux de cette place en limitant à 3 le nombre d’étages de tous les bâtiments du terrain primitif. 

Le choix final d’Auguste Perret

Ce parti très franc a été également abandonné : le caractère quelque peu écrasant de tels immeubles pour l’ensemble de la place, dont l’élément principal (Hôtel-de-Ville) ne doit être défini qu’ultérieurement, a déterminé l’Architecte-en-Chef à préféré à cette proposition la disposition finale adoptée : quatre immeubles hauts de 9 étages Nord-Sud se dressent à l’intérieur des bandes de bâtiments bas de 3 étages et leur faite seul apparaîtra de la place de l’Hôtel-de-Ville. Une disposition identique pourrait être adoptée pour chacune des deux extensions latérales (immeuble haut à l’intérieur d’une équerre basse).

L’intérieure des îlots forme ainsi quatre jardins (six avec les extensions) , largement ouverts, bien ensoleillés et cependant protégés des vents dominants par les bâtiments formant chicanes. 

Autour des terre-pleins centraux plantés, les sous-sols seront utilisés en garages souterrains accessibles par des rampes. 

Les terrains des bâtiments bas (boutiques et 3 étages) seront aménagés en ‘’jardins de cailloux’’ dont les dessins géométriques vus des fenêtres et des balcons supérieurs, se mêleront aux verdures des jardins bas.

L’avancement du chantier

Techniques & Architecture, 1947

Le quartier de l’hôtel de ville avant guerre
Le quartier de l’hôtel de ville en 1947

Techniques & Architecture, 1949

Architecture d’Aujourd’hui, 1952

Aujourd’hui