La Reconstruction

Un point sur la reconstruction
de la France en 1946

Le numéro de septembre 1946 de la revue Architecture d’Aujourd’hui est principalement consacré à la reconstruction du pays. L’objectif est bien évidemment de montrer que les premiers chantiers ont déjà été lancés alors même que des millions de sinistrés et de mal-logés s’entassent dans des abris de fortune. 

On y retrouve bien sûr le gratin de l’architecture en charge de la reconstruction de grandes villes. Mais ce numéro s’intéresse à un haut lieu de la Résistance comme La Chapelle-en-Vercors et à la reconstruction d’une cité construite à l’origine par Raoul Dautry !

La Reconstruction Française par François Billoux, ministre du MRU 

Si considérables que soient les chiffres de la Reconstruction française – nombre des destructions, estimations des dommages de guerre, évaluation des besoins – notre Pays se doit de les regarder en face.

Une grande démocratie comme la nôtre sait bien qu’il n’existe pas d’autres moyen de résoudre un problème de pareille envergure que d’unir les efforts de travail et de production de tous les Français.

Notre but n’est pas seulement de relever les ruines causées par la guerre, mais d’aboutir à la Restauration complète de la France. Ce vaste programme peut paraître audacieux si l’on songe à nos difficultés économiques et financières, mais il s’impose parce qu’il répond aux besoins du Pays.

Après de longues années, le domaine immobilier français n’est plus en mesure de répondre aux exigences minima de l’habitat moderne. Nous sommes décidés aujourd’hui à transformer notre Industrie Nationale du Bâtiment en l’adaptant aux méthodes de construction les plus modernes ; à encourager l’Architecture en soulignant la valeur sociale de sa mission, à améliorer enfin les conditions de vie, en matière de logement, d’une population qui a supporté dignement pendant 5 années les épreuves morales et physiques les plus dures.

Aussi, en dépit de l‘ampleur de la tâche et de l’insuffisance des moyens, grâce à l’acceptation par tous de certaines disciplines commandées par l’intérêt général du Pays, La France ouvre aujourd’hui les premiers chantiers de la constructive définitive.

L’État, en édifiant dans les villes les plus sinistrées des immeubles neufs, conçus et réalisés selon les procédés de la technique actuelle, a donné aux architectes de demain des directives intéressantes. Nous sommes donc en droit d’attendre un véritable renouveau architectural français, au moment où la refonte de la législation sur les dommages de guerre va permettre d’ouvrir la construction au secteur privé.Ce faisant preuve d’un esprit réalisateur que les hommes de l’Art, Architectes et Urbanistes, se montreront dignes de leur tâche. Les rigueur de l’après-guerre, comme les aspirations légitimes des sinistrés et de l’ensemble du peuple français désireux de renaître à une vie meilleure, devront inspirer leurs œuvres et les accorder à la réalité vivante. Seul un contact étroit et permanent entre ceux qui construisent et ceux pour qui l’on construit permettra l’accomplissement d’une œuvre bien équilibrée et durable.

La reconstruction en France …

Afin de bien planter le décor, la rédaction a choisi de mettre en parallèle ces deux photos :

des chantiers artisanaux
des chantiers industrialisés (photos AL Guillaume)

‘’Urbanisme 1946 : les travaux ont commencé’’ Le Corbusier

C’est par ce titre triomphateur que Le Corbusier clame depuis New York sa joie de recevoir la commande d’un immeuble d’habitation collectif qu’il présente comme une ‘’unité d’habitation de grandeur conforme’’. Malgré son enthousiasme et sa ténacité qui frise parfois l’entêtement, le Maître va toutefois devoir assez vite déchanter. Il ne construira que cinq Unités d’Habitation, à Marseille, Rezé, Briey, Firminy et Berlin.    

La maquette de l’unité d’habitation Le Corbusier – AA sept. 1946

Le chantier expérimental Pol Abraham à Orléans

Plus pondéré que Corbu, l’architecte Pol Abraham est déjà en charge de la reconstruction d’Orléans avant la Libération. Son rôle particulièrement actif dans la modernisation des procédés constructifs sous le régime de Vichy lui permet de se voir confier dès 1946 par le MRU une expérimentation grandeur nature de la préfabrication.

Il va par ailleurs disposer de moyens matériels pour le mener à bien ce ”chantier d’expérience” alors que tant les matériaux de construction que les équipements manquent cruellement.     

Pour en savoir plus https://architecture-50.fr/le-chantier-dexperience-dorleans-1944-1949/

Le montage des ”blocs-croisées”– AA sept. 1946

Les immeubles d’habitation de Marcel Lods à Sotteville-lès-Rouen

La ville a cruellement souffert des bombardements des Alliés qui visaient sa gare de triage, semant la mort et la désolation. Les deux-tiers de la commune ont été démolis, le centre-ville rayé de la carte. Pour reconstruire la cité, le ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme Raoul Dautry proposa à l’architecte Marcel Lods d’y réaliser un projet expérimental. 

Aujourd’hui, l’un des rares exemples de mise en œuvre en France des théories de Le Corbusier.

Pour en savoir plus : https://architecture-50.fr/marcel-lods-et-sotteville-les-rouen/

La maquette de la ”zone verte” – AA sept. 1946

La reconstruction de la gare d’Amiens, par Auguste Perret

Le centre-ville d’Amiens ayant été détruit à 60% durant la guerre, Auguste Perret est choisi pour reconstruire la gare et la déqualification de la place Alphonse Fiquet.

Si l’emploi que fait Auguste Perret du béton est particulièrement moderne, ses inspirations n’en sont pas moins classiques, à en juger par la composition symétrique de l’ensemble et l’emploi de colonnes à chapiteaux, aux lignes géométriques stylisées.

L’architecte utilise à Amiens la trame de 6 m. 24 qu’il a conçue pour la reconstruction du Havre afin de donner aux façades des bâtiments qui bordent la nouvelle place de la gare d’Amiens cette unité qui lui est propre.

La haute tour de vingt-six étages qui domine l’ensemble du projet se veut être le signal qui marque la renaissance de la ville, comme au Havre la tour de l’hôtel de ville et l’église Saint-Joseph. 

La reconstruction de la gare d’Amiens – AA sept. 1946

Les immeubles de la place de l’hôtel de ville du Havre 

Il s’agit d’un des projets phare de la reconstruction de la ville.

Mené à bien par l’atelier Perret où travaillent des architectes comme Guy Lagneau, André Le Donné, Jacques Tournant et le belge André Hermant, ces immeubles préfinancés par l’État construits en lieu et place de l’ancien cœur de ville, comprennent à la fois des logements et des commerces.  

Les rez-de-chaussée hauts de 4 m. 90 sont réservés aux boutiques. Les façades des étages adoptent la trame carrée de 6 m. 24 qui va être utilisée sur les surfaces ajourées ou pleines des immeubles de la Reconstruction.  

Le Havre, ISAI place de l’hôtel de ville 2 – AA sept 46.png

La reconstruction de Laon, par André Croizé – Architecte-en-chef

Il s’agit là d’un exemple des projets de reconstruction de nombre de villes moyennes sinistrées. La destruction d’une partie de la ville est l’occasion de remembrer les parcelles de façon, de créer de nouveaux axes facilitant la circulation automobile, et de bâtir de nouveaux équipements publics et des immeubles neufs clairs et aérés, dotés du confort moderne. 

Le plan de reconstruction de Laon – AA sept 46.png

Des groupes d’habitation à Maubeuge par André Lurçat 

La reconstruction de la ville de Maubeuge va donner à son architecte-en-chef, André Lurçat, l’opportunité de mener une expérience unique d’association des habitants à la définition du projet urbain de leur cité.

André Lurçat va également définir un ensemble de standards de construction que doivent respecter les autres architectes et qui fait que les bâtiments construits à cette époque partagent une même esthétique.    

Groupe d’habitations à Maubeuge – AA sept 46

La reconstruction d’une cité de cheminots à Tergnier 

Cette cité de cheminots n’est pas banale, elle a été construite en 1921 par Raoul Dautry lorsque celui-ci travaillait pour les Chemins de fer. Raoul Dautry qui fut le premier ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme de fin 1945 à janvier 1946. On comprend donc l’attention mise tant par le ministre que par la rédaction du journal à ce projet de reconstruction. 

La reconstruction de la cité de cheminots – AA sept 46

La reconstruction du Vercors 

Haut lieu de la Résistance, le plateau du Vercors a été victime des exactions de l’Occupant. Un plan de reconstruction a donc été élaboré afin de rebâtir les villages détruits comme La Chapelle-en-Vercors et Vassieux mais aussi les plus de 1200 bâtiments détruits ou endommagés des 66 communes concernés.

La reconstruction de La Chapelle-en-Vercors – AA sept 46

J.L. V.