Edifices religieux

7/7. Temples protestants et synagogues

Les destructions pendant la guerre n’ont épargné aucun lieu de culte. Les communautés protestantes et juives concernées ont donc dû s’organiser localement pour reconstruire leur temple ou leur synagogue grâce aux dommages de guerre et bien sûr aux dons.  

Quatre exemples de ces reconstructions

Les temples protestants

Quand il ne s’agit pas d’anciennes églises, les temples protestants se démarquent sensiblement des églises catholiques. Tout d’abord, chez les réformés, le temple n’est pas orienté car il ne devient un lieu de culte que lorsqu’il rassemble les fidèles. L’extérieur de l’édifice est le plus souvent assez anonyme, en accord avec les autres édifices privés voisins. L’intérieur, sobre, donne la primauté à l’écoute sur le visuel compte tenu de l’importance de la parole et du chant dans la liturgie réformée. Point d’autels, de fonts baptismaux, de chapelles latérales, d’images ou de statues devant lesquelles on se prosterne. La salle de culte où se réunit la communauté est le plus souvent rectangulaire, la table de communion et la chaire d’où le prédicateur fait entendre la Parole de Dieu étant installées sur une tribune légèrement surélevée. 

Les temples protestants n’ont pas été épargnés par la Seconde Guerre mondiale. Ce fut le cas notamment des temples de Royan, de Nantes, de Caen et de Marseille. En attendant que les temples soient reconstruits, les fidèles purent heureusement se réunir dans des baraques en bois fournis par l’Entraide protestante suisse.

Le Centre Protestant de Royan

Cet espace intermédiaire, à ciel ouvert, que module en permanence le jeu de l’ombre et de la lumière, évoque à certains fidèles protestants le culte du désert ».

A Royan, l’architecte protestant Marc Hébrard a conçu, à quelques encablures de l’église Notre-Dame et sur le terrain pentu qui avait été alloué à la communauté protestante, un ensemble aux lignes épurées et d’une grande sobriété qui intègre, outre le temple, deux salles de réunion dont une est placée sous le temple tirant parti de la déclivité du terrain, le diaconat et la maison du pasteur. 

Dans leur étude sur les temples protestant, Brigitte Montagne, Yannick Comte et Catherine Tijou décrivent ainsi celui de Royan : « Le temple se présente sous la forme d’une simple salle trapézoïdale couverte d’un toit à double pente. Le parvis qui précède le temple est traité comme un vaste espace ouvert, ceint d’une galerie, qui repose sur des voiles de métal bleu en méplat, selon un modèle que l’on retrouve souvent à Royan. Sur le côté nord du parvis, le toit-terrasse de la galerie est percé d’une trémie ovoïde, à travers laquelle s’élance un fin clocher en béton en forme de H, à 4 cloches et haut de 18 m. Cet espace intermédiaire, à ciel ouvert, que module en permanence le jeu de l’ombre et de la lumière, évoque à certains fidèles protestants le culte du désert ».

Le Temple protestant de Nantes 

A Nantes, c’est la protestante Victoire Durand-Gasselin, l’une des rares femmes architectes de l’époque, qui est chargée de la reconstruction du temple. Malgré un budget très limité, elle imagine un lieu édifice monumental (45 x 35 mètres). L’entrée du temple est souligné par trois hautes arcades et un important escalier en moellons. La salle principale consacrée au culte qui permet d’accueillir plus de 450 fidèles, est éclairée par de grandes fenêtres latérales. Le bâtiment comprend également des salles de réunions, le diaconat et deux logements. En 1978, le temple s’est enrichit d’un vitrail multicolore non figuratif.    

Le Temple protestant de Caen 

A Caen, le temple protestant se compose d’un unique bâtiment rectangulaire, pourvu d’un toit en appentis. L’entrée par le côté ouest est abrité par un préau soutenu par d’immense pilier formant des arcades. Les piliers sont présents tout le long du mur sud, mais le vide des arcades est remplacé par un mur et par quatre grandes baies rectangulaires en alternance avec ces piliers.     

La synagogue de la paix de Strasbourg

La vaste synagogue de style néo-roman du quai Kléber ayant été incendiée puis dynamitée par les nazis, le terrain sur lequel de la synagogue martyrisée fut transformé en square. La municipalité proposa alors que la nouvelle synagogue soit construite avenue de la paix. Pour souligner la signification de cette implantation, on a ainsi pu écrire au  maire de Strasbourg : « il ne s’agit en l’occurrence de bien autre chose que de la réparation d’un simple sinistre immobilier (…) La reconstruction de la synagogue de Strasbourg doit être considérée, dans ces conditions, comme une réparation morale et un hommage public rendu aux quelques millions d’israélites morts dans l’ignominie des camps d’extermination et il importe que l’emplacement choisi, quel qu’il soit, pour la nouvelle synagogue ne desserve pas les valeurs qu’elle devra symboliser ».  

Œuvre de l’architecte Claude Meyer-Lévy, la première pierre fut posée en 1954 et les travaux s’achevèrent en 1958. Comme l’écrit Dominique Jarassé dans un ouvrage collectif consacré à l’architecture religieuse au XXème siècle, « L’esthétique majeure de l’édifice tient à la sobriété du béton à granulat apparent qui distingue toutes les structures portantes en contraste avec la pierre blanche qui forme le socle et les murs. La même sobriété un peu rigoureuse a présidée au choix de la ferronnerie. Les colonnes sont légèrement cannelées, ans bases ni chapiteaux ; pour l’effet d’optique, elles sont un peu renflées de bas en haut. (…) La façade rompt avec toutes les traditions de la synagogue française, puisqu’elle n’offre qu’un immense cadre de béton cantonnée de deux colonnes et occupé par un réseau d’étoiles de David formant une claire-voie concave qui domine le portail ».

L’édifice est construit en béton sur un plan basilical, suivant ainsi le modèle adopté couramment par les synagogues au XIXème et XXème siècles. La nef centrale peut accueillir 1500 personnes. L’édifice comprend également un certain nombre de locaux annexes destinés aux activités administratives, pédagogiques, sociales et culturelles de la communauté. 

Conclusion

Parmi le millier d’édifices religieux reconstruits grâce aux dommages de guerre, on trouve des réalisations très différentes. Mais par de-là les édifices emblématiques que sont l’église Saint-Joseph du Havre, la chapelle de Ronchamp, l’église Notre-Dame de Royan et l’église Saint-Maximin de Boust notamment, cette diversité de réalisation témoigne d’une volonté irrépressible de rupture par rapport à un passé récent et de retour à l’essentiel. Par la taille et les formes des édifices, dans l’utilisation des matériaux, la disposition des lieux, mais aussi les vitraux et le mobilier liturgique. 

Un foisonnement créatif en phase avec l’esprit de l’époque, mais qui pouvait s’appuyer aussi sur des communautés de fidèles encore puissantes. Un mouvement qui s’est malheureusement peu à peu atténué par la suite avec la baisse de la pratique religieuse et la déchristianisation de la société. Aussi verra-t-on à partir des années les nouvelles églises chercher de plus en plus à se fondre dans le paysage urbain. 

Heureusement, l’audace de certains commanditaires et le talent des architectes ont permis la réalisation d’édifices aussi remarquables que :

  • L’église Sainte-Bernadette du Banley à Nevers (Claude Parent et Maurice Virilio, 1964), 
  • L’église Saint-Joseph Travailleur (Charles André et Guillaume Gillet à Avignon, 1967), 
  • L’église Sainte-Jeanne-d ’Arc à Rouen (Louis Arretche, 1975)
  • La cathédrale de la Résurrection Saint-Corbinien à Évry (Mario Botta, 1996) 
  • L’église Notre-Dame de l’Arche d’Alliance à Paris dans le XVème arrondissement (Martin Robain, 1998). 

JLV

SOURCES :

  • ‘’Architecture religieuse au XXème siècle, quel patrimoine ?’’, ouvrage collectif sous la direction de Céline Frémaux, Presses Universitaires de Nantes & Institut National d’Histoire de l’Art, 2007
  • ‘’Patrimoine Sacré du XXème et du  XXIème siècle, Paul-Louis Rinuy, collection patrimoine en perspective, Éditions du patrimoine   
  • ’Vingt siècles d’architecture religieuse en France’’, Jean-Michel Leniaud, Éditions Patrimoine Références, 2007
  • ‘’L’’architecture moderne en France, tome 2, du chaos à la croissance, 1946-1966’’, Joseph Abram,  Éditions Picard, 1999
  • ’la construction d’églises dans la seconde moitié du XXème siècle : une affaire d’État ?’’ Céline Frémeaux
  • Les temples protestants « monuments historiques » en Poitou-Charentes, Brigitte Montagne, Yannick Comte et Catherine Tijou, https://doi.org/10.4000/insitu.4893
  • ‘’Auguste Perret’’, collection Carnets d’architectes aux éditions du Patrimoine
  • ‘’ Georges-Henri Pingusson’’, collection Carnets d’architectes aux éditions du Patrimoine, 2011
  • ‘’Construire une église’’, Georges-Henri Pingusson, L’Art Sacré, novembre 1938