
La résidence du Parc d’Ardenay est un bel exemple des programmes immobiliers d’accession à la propriété lancés par la SCIC au milieu des années 50. Construit sur un domaine boisé de 9 hectares en surplomb du centre-ville de Palaiseau, il comporte 360 logements répartis sur 7 bâtiments.
Son architecte, Raymond Audigier, avait précédemment participé à la reconstruction du Havre au sein de l’Atelier Perret et à la réalisation avec Guy Lagneau, Bernard Lafaille, René Sarger et Jean Prouvé de la Maison de la Culture.
Une résidence bien conservée, aujourd’hui située dans un cadre assez exceptionnel à deux pas du campus de l’école Polytechnique.
Pour répondre à la crise du logement, la Caisse des Dépôts et Consignation avait créé en 1954 la SCIC (Société Centrale Immobilière de la Caisse des dépôts, aujourd’hui renommée Icade). Destinée à construire essentiellement des logements sociaux, la SCIC a toutefois financé plusieurs programmes d’accession à la propriété destinés notamment pour les familles nombreuses de fonctionnaires.
Comme le précise la plaquette réalisée par le CAUE d’Ile de France : « cette opération est destinée en priorité aux familles nombreuses de fonctionnaires. Les modalités de financement proposées à l’époque visent à faciliter l’accès à la propriété pour les fonctionnaires aux revenus modestes. Un prêt spécial du Crédit Foncier représentant 60% du prix de l’appartement est proposé à tous les candidats acquéreurs ; les candidats fonctionnaires bénéficient en plus d’un prêt complémentaire de 15% du prix ainsi que des facilités accordées par la Caisse des Dépôts (environ 10% du prix de l’appartement). Les appartements sont rapidement réservés, la résidence est totalement habitée dès la fin 1959 ».
En 1954, elle acquiert donc le domaine d’Artenay, en bordure du plateau de Saclay et en surplomb de la Palaiseau et de la vallée de l’Yvette. Ce domaine comporte un bois avec en son centre une villa bourgeoise.
Le projet initial prévoyait la construction, devant l’entrée principale de la résidence (bâtiment A), d’une tour au-dessus d’un équipement commercial. Finalement, celle-ci ne sera pas construite mais le projet prévoit tout de même des surfaces commerciales en rez-de-chaussée le long de la rue Maurice Berteaux, à l’entrée.


Les immeubles possèdent tous une façade principale exposée au sud ou sud-est très largement vitrée avec châssis coulissants en aluminium et entièrement pourvue de balcons filants d’une largeur de 1,30 m sur toute la longueur des façades.
Les immeubles ne dépassent pas 4 étages sur rez-de-chaussée. Malgré l’apparente homogénéité des façades, chaque bâtiment possède des caractéristiques propres de par sa position dans le parc et son orientation.
Le bâtiment A, situé à l’entrée principale du parc, est construit sur des portiques, offrant ainsi une large trouée sur le parc depuis la rue Maurice Berteaux. Les deux façades principales de cet immeuble (côté rue et côté parc) possèdent des balcons filants.
Les bâtiments B, C, D et F sont similaires mais de longueur variable. Le bâtiment E est le seul bâtiment courbe de la résidence.
Le bâtiment G est situé en contrebas de la résidence, à flanc de colline, là où la pente est la plus forte. Tous les appartements de cet immeuble sont des six pièces. La pente du terrain a été mise à profit pour aménager au lieu et place du sous-sol habituel des chambres de bonne, les caves étant situées en deuxième sous-sol.
Les appartements des bâtiments D, E et G bénéficiaient à l’époque d’une vue exceptionnelle sur la vallée de l’Yvette, en partie cachée désormais par la pousse des arbres.
Tous les appartements sont traversants. Les plans d’origine prévoyaient un espace principal composé d’un séjour et d’une chambre ouverte pouvait servir également de bureau ou de salle à manger. Le séchoir, attenant à la cuisine, pouvait servir de cellier.
La trame constructive adoptée par les architectes a permis d’alterner des appartements de 3, 4 ou 5 pièces, les 5 pièces étant situés aux extrémités des bâtiments. Cette disposition a facilité la reconfiguration d’un certain nombre d’appartements avec le temps et l’évolution des besoins des habitants.



Les appartements étaient équipés à l’origine avec des placards intégrés fermés par des portes coulissantes en bois. Les murs étaient revêtus de crépi. Une chaufferie centrale assurait dès l’origine le chauffage de l’ensemble de la résidence.
L’ossature est en béton armé, le remplissage des façades et pignons est constitué par une double épaisseur de briques creuses de 15 cm, avec vide d’air intermédiaire de 5 cm et d’un rang de parpaings creux de 10 cm. Les planchers sont en hourdis creux de ciment avec poutres noyées dans l’épaisseur; ces planchers reçoivent, dans les étages, une chape de ciment de cm avec isolation phonique par laine de verre.
La résidence du Parc d’Ardenay a fait l’objet d’un ambitieux programme de rénovation énergétique en 2018 conduit par A&M Architectes et Reezome pour un montant de 8 M€.
Le projet comprend le ravalement avec isolation thermique par l’extérieur des façades et pignons, l’étanchéité des balcons et la réfection des garde-corps. Les persiennes d’origine qui ont été démontées, poncées et vernies pour être remontées. Il faut ajouter l’isolation et la réfection des toitures-terrasses et des planchers bas, la mise en place d’une ventilation naturelle assistée. Les entrées des cages d’escalier ont également été rénovées.
Concernant l’isolation des façades, des billes de polystyrène graphité ont été injectées dans le vide de 5 cm existant entre les deux rangées de briques creuses. Cela a permis de réduire l’épaisseur de l’isolant rapporté en façade à moins de 10 centimètres d’épaisseur. Si cette isolation par l’extérieur ne se voit pas lorsqu’il a été posé sur les fonds de loggia, elle est très visible à l’arrière des bâtiments car toutes les modénatures ont presque toutes disparues.
Les habitants interrogés sont satisfaits par cette rénovation énergétique qui a permis de réduire sensiblement les frais de chauffage. La présence au centre de la résidence d’un bois densément constitué d’arbres feuillus à haute tige et les rideaux d’arbres situés devant la plupart des façades exposées protègent et rafraichissent les bâtiments durant les périodes de fortes chaleurs. Rappelons par ailleurs que tous les appartements sont traversants.
Les habitants interrogés ont toutefois signalé des glissements de terrain qui sont survenus ces dernières années. La résidence est en effet située sur les hauteurs et le nom de Palaiseau viendrait de la présence de nombreuses sources dans son sous-sol.




Sources :
– ‘’ 360 logements en région parisienne ‘’, L’Architecture d’Aujourd’hui, décembre 1959
– Cahier n°33 du CSTB, 1958
– ‘’ Réhabilitation de la Résidence du Parc d’Ardenay à Palaiseau ‘’, Marcela Conci et Lisadie Dutillieux, CAUE IDF 2022