
La grande Arche de Saint-Louis est sans doute l’un des édifices américains les plus connus après ceux de Washington et de New-York. Achevé en 1965, elle est l’aboutissement d’une initiative privée lancée en 1933 visant à construire un mémorial national (the Jefferson National Expansion Memorial). Interrompu par la Seconde Guerre mondiale, le projet fut relancé en 1947.
Placée sur la rive droite du fleuve Mississipi, elle symbolise tout à la fois le rôle historique de la ville de Saint-Louis et le point de départ de la Conquête de l’Ouest.
Œuvre de l’architecte finnois et américain Eero Saarinen, sa forme parfaite véritablement intemporelle, a nécessité l’audace et l’ingéniosité de tous ceux qui, avec son concepteur, ont participé à sa construction.
« Il fallait une idée neuve et forte pour fêter le bicentenaire de la ville américaine de Saint-Louis fondée par le Français Pierre Laclède, en 1764. L’histoire tumultueuse de cette ville ainsi que sa position géographique en firent un carrefour historique, politique et économique. D’abord française, puis espagnole, avant de devenir américaine par l’acte de vente de la Louisiane, Saint Louis est située à la limite de deux États, l’Illinois et le Missouri, au croisement de deux fleuves, le Missouri et le Mississippi, et de deux axes mythiques, la route 66 et la Highway 61. Enfin, première ville du Sud ou première ville du Nord, selon d’où l’on vient et où l’on va… elle fut aussi le point de départ de la conquête de l’Ouest. Quoi de plus simple et de plus parfait pour symboliser ce passé et un avenir inconnu qu’une porte, ou plutôt une arche ? » (Catherine Sabbah en 2000).
Les grands Concours d’architecture sont chose assez rare aux Etats-Unis. L’année 1947 a cependant été marquée par un concours public d’une envergure exceptionnelle.
Désirant commémorer le rôle historique de la ville de Saint-Louis et l’achat de la Louisiane par le président Thomas Jefferson, une association privée de citoyens de Saint-Louis et du Middle West américain avait recueilli les fonds nécessaires pour la création d’un mémorial à ériger sur un terrain acquis à cet effet par le Département de l’Intérieur. Un concours public fut ouvert pour la réalisation de ce mémorial qui doit prendre sa place parmi les sites historiques des Etats-Unis.
Le terrain d’une superficie de 35 hectares situé en bordure du Mississipi avait été complètement déblayé, à la seule exception de trois édifices (la Cathédrale, le Palais de Justice et un très ancien entrepôt de marchandises) datant de l’époque héroïque de l’Expansion vers l’Ouest et qui doivent s’intégrer dans l’aménagement nouveau du site.

Vue du terrain déblayé pour l’implantation du futur Mémorial vers 1942. On distingue les trois bâtiments préservés datant du XIXème siècle
Le programme du Concours, rédigé par l’architecte George Howe, était remarquable à plusieurs points de vue. Le montant des primes attribuées pour les deux degrés du Concours totalisait $ 120.000 (Premier Prix : $ 40.000). Le Concours était ouvert à toute personne qui « par sa formation ou par son expérience » prétend au titre d’architecte. Le règlement très souple invitait les concurrents au Premier Degré à donner libre cours à leur imagination, sans se préoccuper dans leurs études préliminaires des possibilités pratiques de réalisation. La formation d’équipes (architectes, techniciens, artistes) était encouragée. Le problème à résoudre se situait sur le plan de l’urbanisme autant que sur celui de l’architecture. La somme de trente millions de Dollars était prévue pour la réalisation du projet primé.
Le jury, présidé par William W. Wurster, avait à choisir parmi 172 envois les cinq équipes qui devaient ensuite concourir au second degré. Il s’agissait à ce stade, selon les définitions du programme, de retenir cinq archi-plutôt que cinq projets. Le jugement portait notamment sur les qualités d’imagination, la puissance d’expression, l’étude analytique et l’originalité du parti, sans s’approfondir sur des détails particuliers.
Dans l’ensemble, le niveau général des envois, à la seule exception du Premier Prix, a été estimé comme décevant. De l’avis de la presse américaine il semble que devant des problèmes d’une telle envergure la plupart des architectes américains, – et en particulier ceux de la jeune génération parmi lesquels se recrutent d’ailleurs les auteurs des études primées,, — restent désemparés et intimidés. Ceci s’explique de toute évidence par la rareté même des grands Concours Publics, d’où le manque d’expérience des jeunes architectes qui ont rarement l’occasion d’aborder des problèmes aussi complexes.
Il est vrai également que le programme du Concours qui pouvait sembler assez simple de prime abord, exigeait en réalité dès le Premier Degré. Une étude extrêmement approfondie sous des angles multiples. En dehors de l’aménagement du terrain proprement dit, le problème englobait un regroupement éventuel des quartiers urbains environnants, la création d’un autostrade, le planning de la rive opposée du Mississipi qui formerait un paysage de fond pour le site à aménager. Il s’agissait donc d’une étude d’urbanisme à grande échelle.
Pour le Deuxième Degré, le programme fut cependant limité à l’aménagement du site historique seul qui devait être traité comme un parc boisé abritant un certain nombre de bâtiments. Ces derniers devaient être conçus comme des unités complètes et indépendantes, pouvant être réalisées progressivement. Un monument, dominant l’ensemble de la composition et visible à grande distance, devait former le centre d’intérêt du Mémorial. A la périphérie du terrain étaient à prévoir un théâtre en plein air, un musée et un restaurant.
Le projet de l’équipe dirigée par le jeune architecte Eero Saarinen, d’origine finlandaise, a remporté le Premier Prix à l’unanimité du jury qui dans son rapport n’hésite pas à le qualifier d’œuvre de génie. L’équipe Saarinen a fait preuve d’une extraordinaire sensibilité et d’un goût sans défaut. Le projet exprime le programme du concours en une formule lapidaire : un parc et un arc ! Avoir abouti à cette expression de grandeur par des éléments essentiellement simples est certainement la marque d’un très grand talent et d’une humilité qui est l’apanage du véritable artiste.
Alors que la plupart des concurrents ont fait appel à l’Architecture, à des masses plastiques puisées dans le répertoire des formes au goût du jour, Saarinen a délibérément renoncé à tous les « effets » et a noyé les bâtiments anciens et nouveaux dans un massif de verdure devant lequel s’élève un arc parabolique en béton armé (symbole simple et puissant de la « Porte vers l’Ouest ».

Cette forme géométrique pure pourra sans doute affronter les siècles sans crainte de « vieillissement ». Il est intéressant de noter que tous les projets présentés au second degré sont des études basées sur des plans libres, sans aucun rapport avec les principes de la Grande Composition. Il est vrai cependant qu’aucun des projets classés à la suite du premier n’a atteint à une véritable grandeur.
L’Architecture d’Aujourd’hui, numéro 20, 1948
Afin de limiter les contraintes dues à son propre poids, cette arche a la forme d’une caténaire inversée, c’est-à-dire la forme d’une chaine pendue entre deux points, mais retournée. Sa hauteur et sa largeur ont la même dimension, 192 mètres (630 pieds). Cette hauteur est équivalente à celle d’un immeuble de 63 étages.
Elle est constituée de 142 tronçons triangulaires en acier empilés les uns sur les autres, puis soudés les uns aux autres. Ces éléments équilatéraux mesurent 16,46 m de côté à la base et se réduisent à 5,18 m au sommet. Ils sont constitués de doubles parois en acier espacées de 0,91 m à la base et de 0,18 m au-delà de 122 m de hauteur.
Jusqu’à 91,5 m, l’espace entre les parois sera rempli de béton armé. L’ensemble est recouvert d’acier inoxydable brillant ce qui lui donne une finition lisse, brillante, capable de refléter la lumière, changeant selon l’heure du jour, la météo.
Alors qu’Eero Saarinen a remporté le concours le 18 février 1948, le chantier ne va débuter qu’en 1961 du fait notamment de la guerre de Corée et d’interminables discussions à propos du déplacement des voies ferrées proches de leu d’implantation du monument.

Eero Saarinen devant la maquette de l’Arche
Pour préparer le site, il fallut excaver près de 10 000 m3 de terre et de roche. Les fondations en béton armé descendent jusqu’à 18,28 m de profondeur. Au total, ce sont 252 tirants en acier par pied qui ont été ancrés dans le béton puis tendus. Chaque faisceau de barres de mise en tension a nécessité un positionnement précis pour épouser une double courbure, afin de s’adapter à la fois à la courbure de l’arc et à la réduction de sa section transversale. Selon les ingénieurs en structure qui ont été consultés à l’époque, sous une charge de vent de 150 km/h, le sommet de l’arche ne dévie que de 46 cm dans le sens est-ouest.
Tous les tronçons triangulaires ont été ont été fabriquées à Pittsburgh, puis acheminées par barge jusqu’à Saint-Louis. La construction de l’édifice a débuté par la base de chaque côté, progressant vers le haut jusqu’à ce que les deux parties se rejoignent au centre au point culminant. Les ingénieurs ont du faire preuve d’une extrême précision lors du positionnement des bases de chaque pilier afin que ceux-ci se rejoignent parfaitement au sommet.
Une fois que les 6 premiers tronçons triangulaires de chaque pilier ont été posées, des rails ont été posés sur chaque pilier afin de faire ramper une grue mobile. Ce sont ces deux grues mobiles qui ont permis de positionner les 4 sections triangulaires suivantes avant que de nouveaux rails sont posés pour faire monter encore un peu plus les grues mobiles. A 92 mètres, une poutre de stabilisation a été installée horizontalement entre les deux piliers. Puis, les tronçons triangulaires suivantes ont été installées, sans être remplies de béton car sinon leur poids aurait fait s’écrouler les piliers.
Rester à la fin à insérer la clé de voute, ce qui fut fait le 28 octobre 1965, non sans avoir précédemment fait appel aux pompiers afin de rafraichir le pilier Sud qui s’était dilaté du fait de la chaleur du soleil.





Rester à la fin à insérer la clé de voute, ce qui fut fait le 28 octobre 1965, non sans avoir précédemment fait appel aux pompiers afin de rafraichir le pilier Sud qui s’était dilaté du fait de la chaleur du soleil.
Il faudra plusieurs pour redescendre les grues et polir les plaques en acier inoxydable qui recouvrent l’édifice. L’inauguration officielle n’aura lieu que le 28 mai 1968. Eero Saarinen ne pourra y assister car il était mort quatre ans plus tôt.
La visite de l’Arche commence par le musée souterrain construit en dessous de celle-ci. Puis dans chaque pilier, un ‘’pod’’ vous emmènera jusqu’au sommet de l’édifice, d’où vous pourrez contempler un point de vue étonnant.
Lorsqu’en 1947, Eero Saarinen a soumis son projet lors du concours public, il avait sans doute prévu de pouvoir installer des escaliers pour permettre aux visiteurs d’atteindre le sommet de l’édifice, mais il n’avait pas prévu de système d’ascension.
Toutes les fabricants d’ascenseurs contactées au début des années 60 se déclarèrent incapables de concevoir des ascenseurs capables de se déplacer en arc de cercle.
Heureusement, et un peu par hasard, un ingénieur dénommé Dick Bowser eut vent du projet. Avec son père, ils avaient mis au point un transbordeur susceptible de se déplacer verticalement et horizontalement. En combinant ce procédé avec le dispositif qui permet aux nacelles des grandes roues foraines de rester toujours à l’horizontal, ils réussirent à répondre au défi de l’Arche de Saint-Louis.
Chacune des huit capsules en forme de tonneau conçues par Dick Browser, effectue une rotation de 155 degrés pendant le trajet de façon à ce que ses occupants restent à l’horizontal. Au départ, la capsule se situe en-dessous des rails, mais en arrivant au sommet elle se retrouvera au-dessus de ces rails. Chaque petit tain est constitué de huit capsules pouvant transporter cinq passagers, le ‘’voyage aller’’ dure 9 minutes, le retour 7. Chaque petit train peut ainsi transporter de l’ordre de 250 passagers par heure.
Notons que des escaliers de secours ont été installés dans les piliers.

Les capsules en forme de tonneau conçues par Dick Browser

SOURCES :
– ‘’ Résultat d’un Grand Concours public aux Etats-Unis ‘’, Architecture d’Aujourd’hui, numéro 20, juillet-août 1948
– ‘’ Le Gateway Arch d’Eero Saarinen ‘’, https://stcharlesthemartyr.org/fr/le-gateway-arch-deero-saarinen-le-design-qui-soutient-st-louis/
– ‘’ Gateway Arch ’’, https://en.wikiarquitectura.com/building/gateway-arch/
– ‘’ La Gateway Arch de Saint Louis, la porte à traverser le temps ‘’ https://www.lemoniteur.fr/article/la-gateway-arch-de-saint-louis-la-porte-a-traverser-le-temps.285864