Equipements publics France

Vue aérienne de l’hôtel des Postes dans les années 60

La tropicalisation de l’Hôtel des Postes de Royan

La Poste de Royan, aujourd’hui, n’a rien de très intéressant car l‘anneau d’éléments en béton ajouté au début des années 80 a complètement défiguré l’élégante façade édifiée trente ans plus tôt dans le cadre de la réhabilitation de l’Hôtel des Postes construit en 1936 et fortement endommagé lors des bombardements de 1945. 

Or c’est le même architecte, André Ursault, qui a bâti  avant-guerre ce bâtiment à la façade très Arts Déco, et qui a été chargé de sa reconstruction en 1951. 

Les documents (issus du Fonds Ursault aux Archives de la Vienne) que nous avons pu rassembler illustrent l’évolution des réflexions de l’architecte et sont « un bel exemple du basculement du programme de reconstruction de Royan depuis les références d’avant-guerre vers le mouvement moderniste » pour reprendre la formule de Gilles Ragot.

L’Hôtel des Postes de 1936

Né en 1994 et diplômé en 1924, André Ursault a reçu une formation tout à fait classique et a surtout travaillé comme architecte à et autour de Poitiers. Il exerce notamment à temps partiel les fonctions d’architecte régional des PTT. C’est à ce titre qu’il est chargé de la construction de l’Hôtel des Postes de Royan en 1931. 

Basé sur un plan trapézoïdal, l’édifice se compose d’une imposante façade donnant sur le grand carrefour où débouchent les routes de Paris et de Bordeaux, et deux ailes longeant, d’une part le boulevard Bottom côté plage, et d’autre part la rue de la République côté ville. Une configuration qui perdurera au fil des ans et des projets avec, en façade : l’accueil du public, côté plage : le tri postal et le quai de déchargement au rez-de-chaussée, l’appartement du receveur à l’étage, et côté ville : essentiellement les équipements techniques.

Les surfaces de la façade principale construite en 1931 sont traitées dans la plus grande austérité, réduite à la simple opposition graphique des aplats lisses et des grilles verticales devant les fenêtres. Une imposante corniche surplombe l’ensemble. La décoration se résume à un écusson de la ville, aux inscriptions ‘’Poste, Télégrammes, Téléphone’’ et au sigle des ‘’PTT’’. Une façade au caractère monumental, parfaitement symétrique, qui tranche donc avec l’architecture balnéaire du reste de la cité, mais qui sied à cette administration.   

Fortement endommagé, l’Hôtel des Postes sera l’un des rares édifices du centre-ville qui échappera à la destruction complète lors des bombardements de janvier et avril 1945. N’étant pas jugée prioritaire, sa reconstruction attendra le début des années 50. André Ursault sera alors chargé du projet. 

L’Hôtel des Postes avant 1940 – Centre d’archives d’architecture contemporaine, SADG 28

Après les bombardements de janvier et avril 1945

Plan du rez-de-chaussée – Fonds Ursault, Archives de la Vienne

Le projet du 16 février 1951 

La mission confiée à André Ursault consiste à restaurer les bâtiments situés à l’arrière et à concevoir une partie d’accueil du public et une nouvelle façade. 

La façade principale qu’il envisage dans son premier projet est toujours sobre, mais sa composition dissymétrique la rend moins monumentale que celle d’avant-guerre. Il est toutefois contraint de modifier son projet car les locaux apparaissent insuffisants pour accueillir le public et surtout tous les nouveaux équipements liés à l’extension des services postaux et l’adjonction de l’automatique urbain.

L’Hôtel des Postes avant 1940 – Centre d’archives d’architecture contemporaine, SADG 28

Après les bombardements de janvier et avril 1945

Plan du rez-de-chaussée – Fonds Ursault, Archives de la Vienne

Le projet du 11 septembre 1951 

Dans ce nouveau projet, pour augmenter la surface disponible, le bâtiment est rehaussé d’un étage sur sa partie frontale. Le hall d’accueil du public bénéficie d’un grande hauteur sous plafond.

La façade retrouve le caractère monumental qu’elle avait avant-guerre, mais André Ursault courbe cette façade afin qu’elle épouse mieux la forme du rond-point. Comme le souligne Gilles Ragot : « Il magnifie l’entrée principale frontale et abrite les deux entrées latérales sous un lourd porche de béton. Malgré sa légère concavité, l’élévation principale, composée de voiles de béton verticaux en forme de V renversés, demeure opaque, austère et plate ; l’œil bute plus qu’il ne glisse sur cette façade. Enfin le graphisme et la calligraphie renvoient encore à l’univers architectural d’avant la guerre : les lettres identifiant les trois missions des PTT ont même été inversées (Télégraphe-Poste-Téléphone) par souci de symétrie ! ».

On notera par ailleurs sur la coupe transversale, le grand décor placé au-dessus des guichets dans le hall recevant du public, tout à fait dans le style d’avant-guerre. 

Façade principale – Fonds Ursault, Archives de la Vienne

Coupe transversale

Coupe longitudinale
Plan du rez-de-chaussée – Fonds Ursault, Archives de la Vienne
Plan de l’entresol
Plan du second étage

Le projet à l’été 1952 

Le projet s’approche de sa version finale. Gilles Ragot le décrit ainsi : « Ursault cherche à casser la rigidité de son projet initial: il arrondit les angles, prolonge l’excroissance du porche d’entrée par une galerie qui file vers le Front de Mer ; les coups de crayon répétés noircissent les croquis aux articulations du projet. (…) Sa réflexion le conduit vers une forme radicalement différente, irrégulière et vaguement ovoïde. Ce nouveau volume abrite exclusivement la zone publique de l’hôtel des postes, la salle d’accueil et les guichets ; tous les autres services sont logés dans les bâtiments anciens, réorganisés, surélevés et dont une aile vient en outre recouvrir en partie le hall du public.

Ce hall est conçu comme une excroissance, en rupture avec l’alignement du reste de l’édifice ; la nouvelle salle des guichets s’avance, telle une rotule, dans le carrefour – les idées directrices des urbanistes trouvent ici une transcription architecturale forte. 

La continuité urbaine et architecturale est également renforcée par la galerie extérieure, qui s’impose désormais comme un élément clef du projet ; cette galerie n’est plus une simple protection plaquée contre la façade sud du bâtiment, mais un passage couvert autonome, qui prend naissance à l’extrémité du Front de Mer sur un magnifique escalier hélicoïdal et se déroule à distance respectueuse de la poste pour s’enrouler autour de la salle ovoïde, qu’elle pénètre en deux points. La galerie souligne la courbe de la poste et donne de la profondeur et de l’épaisseur au projet par le premier plan qu’elle constitue en avant de l’édifice. Elle n’obstrue pas la vue, tant elle traitée avec légèreté. Un simple voile de béton de faible épaisseur reposant sur une série de poteaux réduits à l’essentiel suffit à donner de la matière à cet élément où fonctionnalité et intentions plastiques se mêlent harmonieusement. »

Projet du 7 juin 1952, plan crayonné du rez-de-chaussée. On notera que la grande cage d’escalier vitrée desservant l’aile côté ville ne figure pas encore sur le plan.

Elévation de la façade principale, 9 août 1952 – Fonds Ursault, Archives de la Vienne. L’architecte a ajouté une grande cage d’escalier vitrée qui permet de disposer de surfaces utiles supplémentaires et d’accéder facilement au toit-terrasse. Un bas-relief décore le mur arrière de la façade.

La Poste de Royan 

Architecture Française, numéro 181-182, 1957

Partiellement détruit lors d’un bombardement en 1945, l’Hôtel des Postes a fonctionné jusqu’en 1953 dans les anciens locaux subsistants et provisoirement réaménagés. Le programme de reconstruction comprenait, outre la reconstitution de la surface ancienne, une extension des services postaux et l’adjonction de l’automatique urbain avec ses diverses dépendances. L’augmentation de surface rendue nécessaire a pu être obtenue grâce au dégagement du carrefour du Front-de-Mer avec le boulevard de la République.

Sur ce terrain a pu être construit le hall du public dans un volume distinct et dont la forme libre amorce la grande façade incurvée du Front-de-Mer. Il est entièrement vitré et ouvert sur la place. A l’intérieur le grand panneau séparant le hall et les services est revêtu d’une composition décorative due au peintre Michel Nourry.

Tous les autres services ont été logés dans les bâtiments anciens, réorganisés, surélevés et dont une aile vient en outre recouvrir en partie le hall du public en formant un porche d’entrée.

La construction de ce bâtiment est en béton armé. La couverture comporte une étanchéité multicouche recouverte d’aluminium.

A l’intérieur la banque des guichets est revêtue verticalement de Comblanchien. Les écritoires sont en marbre bleu des Pyrénées. Le panneau décoratif est traité en carreaux de céramique 15 x 15 gris et bleus avec des taches de couleur, jaune, orange, rouge et noir.

Elévation en relief de l’hôtel des postes – Architecture Française, 1957

Plan du rez-de-chaussée : 1 – Hall public. 2 – Attente public. 3 – Receveur. 4 – Cour. 5 – Accès à l’appartement du receveur. 6 – Caisse. 7 – w.-c. – 8 – Vestiaires. 9 – Chambre forte. 10 – Tri. 11 – Boîtes aux lettres. 12 – Vestiaires. 13 – Machines. 14 – Accumulateurs. 15 – Répartiteur. 16 – Atelier. 17 – Cour. 18 – Cabines téléphoniques.  

Plan du 1er étage : 1 – Appartement du receveur. 2 – w.-c. dames. 3 – Vestiaires dames (50 places). 4 – Téléphone. 5 – Comptabilité téléphonique. 6 – Multiple. 7 – Débarras.

Conclusion provisoire  

« À la façade plate et striée de voiles de béton, d’inspiration rationaliste, Ursault préfère finalement une courbe de verre presque immatérielle. La masse de l’ancien hôtel des postes s’efface derrière cette salle ventrue de verre que souligne la courbe de la galerie. Légèreté, continuité, profondeur, fantaisie et effacement sont les qualités de ce projet remarquablement intégré au projet urbain. 

Gilles Ragot s’interroge sur la part d’André Ursault dans cette mutation. « Aucun document ne le prouve, mais il apparaît fort probable que cette rupture radicale s’est faite dans un dialogue nourri avec Ferret ou les membres les plus proches de son équipe, résolument orientée en 1951 dans une modernisation du projet de reconstruction, pour lequel la source brésilienne joue un rôle déterminant. La qualité du résultat nous renseigne certainement autant sur la capacité d’écoute et d’adaptation d’Ursault, que sur la force de conviction et la détermination de Ferret. ».

Carte postale Tito,  Fonds Larichesse, Archives de Royan

La Poste telle qu’elle se présente depuis 1981 avec son anneau pseudo brutaliste – jlv

Carte postale Cap,  Fonds Larichesse, Archives de Royan

SOURCES :
Mes vifs remerciements aux archivistes des Archives Départementales de la Vienne.
‘’ La Poste de Royan ‘’, L’Architecture d’Aujourd’hui, numéro 181-182, 1957
‘’ L’invention d’une ville, Royan années 50 ‘’, Gilles Ragot, Thierry Jeanmonod, Chantal Callais, Nicolas Nogue, Éditions du Patrimoine, 2003