
Conçue et construite entre 1948 et 1949, cette Église est considérée comme étant le chef d’oeuvre d’Eliel Saarinen.
L’architecte, dont le père Juho Saarinen était lui-même pasteur luthérien en Finlande, a en effet réussi à créer un édifice d’une grande sobriété, inspirant un profond sentiment de calme et de sérénité grâce à l’harmonie de ses proportions et l’utilisation judicieuse de la lumière et une subtile combinaison de divers matériaux. Elle s’est par ailleurs révélée disposer d’une remarquable acoustique.
Son fils, l’architecte déjà reconnu au niveau international Eero Saarinen, poursuivra l’oeuvre de son père décédé en juillet 1950, en construisant en 1962 l’aile éducative adjacente à l’église.
Eleil Saarinen et son fils Eero sont tous les deux nés un 20 août en Finlande (en 1873 et en 1910), ils ont été des architectes internationalement reconnus, et sont morts aux Etats-Unis. Formé en Finlande à l’école de l’Art Nouveau, Eliel Saarinen émigra dès 1922 aux Etats-Unis. Son fils Eero, une fois diplômé de Yale, retourna en Europe où l’Architecture Moderne était en plein développement. De retour aux Etats-Unis, il s’associa avec son père en 1937 et exerça une forte influence sur lui. L’esthétique de l’église luthérienne de Minneapolis en est l’évidente démonstration.
Par la suite, Eero Saarinen renoncera à la rigidité classique qu’il avait défendue devant son père pour adopter peu à peu l’architecture organique chère à Franck Lloyd Wright, preuve en est par exemple l’un de ses chefs d’oeuvre, l’Aéroport international Dulles à Washington.
Cette église est la dernière œuvre de Eliel Saarinen, décédé le 30 juin 1950 à l’âge de 76 ans.
Cette œuvre, remarquable par sa pureté, la franchise de son inspiration et la maîtrise de son exécution technique, constitue dès à présent une des meilleures contributions de l’architecture contemporaine à l’art sacré de notre époque.
Seules, quelques églises de Moser (Suisse) et la chapelle de Bryggman (Finlande) soutiennent la comparaison. Leur conception est d’ailleurs très proche l’œuvre de Saarinen par la même expression dépouillée, la simplicité des matériaux et le traitement des volumes.
Il se dégage de cette église, modeste par ses dimensions et son budget, une impression de calme et de majesté qui fait évoquer les premières basiliques chrétiennes. L’œuvre a été édifiée sur l’initiative d’un jeune pasteur revenu des armées qui sut décider à la fois ses supérieurs et la paroisse en faveur d’un édifice d’esprit franchement contemporain, et fit abandonner le projet d’une église néo-gothique.

Le programme proposé aux architectes demandait une contenance de 550 places fixes et une petite chapelle, un emplacement pour un chœur de 50 voix, un baptistère et quelques annexes. Il fallait, de plus, ménager environ 150 places supplémentaires pour les jours d’affluence de Pâques et de Noël.
Limité par un budget fixé d’avance et par un site étroit nécessitant le raccordement du nouveau bâtiment à des bâtiments existants, l’architecte a adopté une nef centrale très allongée avec deux bas-côtés.
Dès le départ de l’étude, une collaboration étroite a été établie avec des spécialistes en acoustique. Elle a conduit à l’adoption de certaines dispositions qui font partie intégrante de l’architecture et ne se limitent pas à des aménagements acoustiques secondaires tels que revêtements, etc.
C’est ainsi que la recherche d’une parfaite audibilité a fait adopter le non-parallélisme des murs latéraux de la nef centrale et la différenciation de leur traitement en surface, l’inclinaison du faux plafond, la courbure du mur du sanctuaire est d’autant plus remarquable que ces considérations purement fonctionnelles aient conduit à une résultante plastique qui ne trahit pas le caractère du lieu, mais amplifie la conception qu’en avait l’architecte.



PLANS DE L’EGLISE : Rez-de-chaussée : I. Autel ; 2. Sanctuaire ; 3. Fonts baptismaux ; 4. Bureau; 5. Sacristie ; 6. Nef ; 7. Tour ; 8. Narthex; 9. Chapelle; 10 Arcade. Premier niveau: 16. Tribune ; 17. Orgues. Sous-sol : 12. Rangements ; 13. Machinerie ; 14 et 15. Vestiaires.


COUPE DETAILLEE: 1. Étanchéité multicouche ; 2. Isolation ; 3. Plancher métallique (panneaux tôle) ; 4. Plafond en panneaux acoustiques; 5. Frise verticale; 6. Revêtement bois 7. Maçonnerie remplissage ; 8. RevêteRevêtement extérieur; 9. Aluminium ; 1O. Dalles de marbre; 11. Chauffage par rayonnement; 12. Coupe horizontale sur colonne.
On notera les canalisations de chauffage ; 13. Joints de dilatation ; 14. Cuivre ; 15. Bitume.

Quatre piliers supportent les murs longitudinaux de la nef qui ne comporte aucune ouverture. Les bas-côtés sont éclairés latéralement par des ouvertures étroites qui occupent toute la hauteur sous plafond, les piliers entre fenêtres étant de forme dissymétrique et revêtus du côté intérieur de frise de bois.
Le vitrage du sanctuaire qui monte du sol a la voûte et projette la lumière naturelle sur le mur blanc courbe de l’abside, rendu invisible de la nef par un écran également en bois, crée l’illusion d’un espace illimité.
Le narthex et la petite chapelle places en arrière de la nef, sur le côté gauche de l’entrée latérale, répondent à la demande d’une surface supplémentaire utilisable les jours d’affluence. Au-dessus, est placée une galerie pour orgues et chœurs.
Le portique d’entrée relie l’église au bâtiment existant, et délimite une sorte de patio sur lequel s’ouvre la fenêtre de la sacristie.
Le faux plafond incliné suspendu à la charpente de la toiture est constituée par des acoustiques doublés d’isolation. Ils comportent des bouches de soufflage d’air qui est repris points bas des quatre angles de l’édifice.
Le chauffage est assuré par serpentins noyés dans le sol et parties basses des murs.
La construction comporte une charpente métallique enrobée de béton avec murs en brique et pierre. La couverture est en panneaux d’acier sur charpente métallique avec étanchéité multicouche.
Le prix de revient global a été de $267.000 environ.


L’église mesure 40 m de long, 17 m de large et 10,5 m de haut. Sa structure en acier est revêtue de briques multicolores.
Le fond du choeur sur lequel est fixé une croix en aluminium de 5 mètres de haut, est couvert de briques incurvées légèrement peintes en blanc. Un grand vitrail de près de 10 mètres de haut l’illumine et crée des jeux d’ombres changeants avec la course du soleil.
Le mur latéral Nord est aussi couvert d’une ondulation de briques afin d’améliorer l’acoustique de l’église.


Les 4 bas-reliefs de William Mc Vey représentant la foi, l’espoir, la charité et l’éducation – photo de Peter J. Sieger


L’aile éducative, oeuvre de l’architecte Eero Saarinen
SOURCES :
‘’ Une église à Minneapolis ’’, L’Architecture d’Aujourd’hui, janvier 1951
‘’ La dimension spatiale de la liturgie dans l’église d’Eliel Saarinen à Minneapolis ’’, Forum Architecture, Culture et Spiritualité, www.acsforum.com
‘’ Un monument historique ‘’, site de l’église luthérienne de Minnepolis, https://www.christchurchluth.org/landmark
‘’ La réhabilitation de l’église luthérienne par MacDonald & Mac Architects ‘’, publié dans Traditional Building, https://www.traditionalbuilding.com/projects/christ-church-lutheran-macdonald-mack-architects