
Ce magnifique hôtel, terminé en 1954, est l’œuvre des architectes Guy Lagneau, Michel Weill et Jean Dimitrijevic, de la designer Charlotte Perriand avec le concours de Jean Prouvé.
Il est situé dans un site exceptionnel, tout au bout de la presqu’ile de Conakry, en face des iles de Los. Rebaptisé ‘’Grand hôtel de l’Indépendance, il a malheureusement été rattrapé par l’urbanisation croissante de Conakry et défiguré par la construction d’une extension se voulant moderniste.
L’hôtel de France est situé dans un site exceptionnel au bord de l’Atlantique. Ce bâtiment de 64 m. de long et 12 m. de large, haut de 28 m., comporte cinq étages bâtis sur un rez-de-chaussée surélevé et coiffé d’une terrasse couverte. La structure est en béton armé sur une fondation en radier formant cuvelage ; les dalles des planchers sont brutes de décoffrage ainsi que les trois rangées de seize poteaux qui les soutiennent. L’isolation thermique et phonique est assurée par de la Vermiculite; les façades et les pignons sont garnis d’éléments préfabriqués en béton armé vibré avec revêtement en granit, constituant des panneaux persiennés ou des panneaux pleins, des claustras, des brise-soleil verticaux, etc.On trouve, à chaque étage, six chambres à deux lits, huit chambres à un lit et deux appartements, soit, au total quatre-vingts chambres, toutes sur la façade principale orientée au Sud-Ouest et ventilées transversalement. Au niveau du jardin, un hall d’entrée avec boutiques et vitrines donne accès, par un grand escalier intérieur, au hall de réception, de 28 m. de longueur, situé au rez-de-chaussée surélevé de 4,3 m.

L’hôtel vu de l’Ouest. La rotonde, en avancée, abrite la salle de restaurant-dancing – Architecture Française, 1958
C’est sur ce plan, largement dégagé du sol, que vit l’hôtel avec ses services d’accueil, son administration, le bar, les ascenseurs et les escaliers, le sanitaire ; l’extrémité de l’aile Est contient des bureaux qui sont loués à des particuliers ; on y trouve également l’appartement du directeur.
La terrasse couverte du sixième étage qui, comme toute la façade orientée au Sud, bénéficie d’une vue remarquable sur les îles de Los, est aménagée en club. C’est un lieu de repos dont l’agrément est très apprécié. Nous rappellerons que les îles de Los sont le siège d’une active exploitation de bauxite par les soins de la Société des Bauxites du Midi qui exporte ce minerai en direction du Canada.

La façade côté mer est garnie d’éléments préfabriqués en béton armé vibré constituant des panneaux persiennés, des panneaux pleins, des claustras et des brise-soleil verticaux – Architecture Française, 1958


Cette activité industrielle, ainsi que l’actuel développement de la riche région de Conakry, expliquent l’importance des services de l’hôtel qui sont répartis au niveau du jardin et en sous-sol. On trouve ainsi, au niveau du jardin : le contrôle du personnel, le réfectoire européen et le réfectoire du personnel africain, chacun avec ses propres installations sanitaires et son vestiaire, la cour de service sur la façade Nord et son quai de déchargement, le garage des voitures de l’hôtel, l’atelier de mécanique et divers ateliers d’entretien.
Le sous-sol, entièrement climatisé, recèle l’économat avec ses réserves, la cave à boissons, les chambres froides et leur salle des machines, la blanchisserie et la chaufferie. Ces services sont desservis par monte-charge, ascenseur et escalier.
Le restaurant, le bar et les cuisines sont au rez-de-chaussée surélevé, au même étage que la réception ; les cuisines, de 9 m. de largeur sur 20 m. de longueur, constituent l’aile Ouest du bâtiment principal.
Le restaurant est une rotonde circulaire de 20 m. de diamètre, largement dégagée de l’hôtel proprement dit auquel elle est raccordée par le bar où débouche une rampe d’accès extérieur de 15 m. de longueur. Cette salle pour cent couverts, avec une piste de danse de 7 m. de diamètre, est entièrement à l’air libre, cette disposition étant commandée par deux facteurs essentiels qui sont les vents dominants et la vue sur les îles de Los, la mer ne se trouvent qu’à une vingtaine de mètres de la rambarde qui ceinture la salle à manger.
La nécessité de combiner un éclairage et une aération agréables tout en conservant la possibilité de ménager des zones particulières d’importance variable selon les désirs des dîneurs, a conduit à créer des paravents pivotants en alliage léger qui constituent les panneaux d’une façade mobile d’une parfaite flexibilité d’emploi et dont les applications semblent devoir être étendues.

Vue prise de l’hôtel vers le restaurant dont la rotonde est reliée à l’hôtel par la galerie du bar, et au jardin par un escalier extérieur – Architecture Française, 1958
La toiture du restaurant, une coquille de béton avec un lanterneau axial de ventilation, est supportée par six poteaux ; devant les cinq poteaux extérieurs, le sixième se trouvant face au bar, on a disposé des vantaux doubles, articulés sur un montant fixe orientables et garnis de lames inclinées ; entre ces paravents brise-soleil, d’autres paravents de même principe, mais vitrés, complètent l’entourage de la salle. Il y a, au total, neuf paravents doubles dont cinq brise-soleil et quatre baies vitrées.
On remarquera, sur la photo de l’intérieur du restaurant, les panneaux de fermeture orientables dont certains sont traités en brise-soleil et d’autres en parois vitrées. La rotonde de 20 m. de diamètre est prévue pour 100 couverts. Elle comporte, au centre, une piste de danse de 7 m. de diamètre. Son système de clôture par panneaux mobiles permet de l’ouvrir entièrement vers la vue et d’obtenir une excellente aération naturelle

Vue d’ensemble de la salle circulaire du restaurant prise de l’intérieur du bar – Architecture Française, 1958

Plan d’un étage courant – Architecture Française, 1958
En raison du climat chaud et humide la disposition des chambres est très particulière et fort originale. Qu’elles soient à un ou deux lits, les chambres s’ouvrent toutes sur la belle façade orientée Sud-Ouest, vers les îles de Los ; elles sont traversées de part en part par une ventilation naturelle qui s’établit entre la façade ensoleillée et la façade opposée, au Nord, plus froide. Pour obtenir ce résultat, alors que la hauteur sous plafond des chambres est de 2,78 m. le couloir qui les dessert, et qui donne sur la façade Nord, n’a que 2,08 m. On ménage ainsi, sur toute la largeur, une gaine de 0,70 m. qui permet le libre passage de l’air. Cette ouverture est clôturée par des persiennes à lames de bois.
Chaque chambre dispose d’une loggia de 1,60 m. de profondeur dont elle est séparée par des portes à persiennes et par un panneau fixe. La paroi du couloir est constituée par un brise-soleil en béton.
La nécessité d’établir un sol frais, impénétrable aux insectes et pouvant être lavé facilement, a conduit à l’emploi de carreaux en grès cérame posés sur une couche de Vermex assurant l’isolement de la dalle de béton armé. Dans le même but, le mobilier est, soit posé sur un piètement en tubes, soit scellé aux murs.
Il existe deux modèles de chambres, l’une à un lit, avec toilette et douche dont la largeur est de 3 m. ; l’autre, à deux lits, avec toilette, bidet, w.c., douche, atteint 4,58 m. Dans les deux cas, la profondeur de la pièce est la même : 7 m.
Un meuble de rangement, de 0,60 m. d’épaisseur, sépare la chambre proprement dite de la salle d’eau ; il se compose de quatre tubes montants laqués noir au four, de 40 mm. de diamètre, coincés entre le plancher et le plafond par des vérins à ressorts. Ces montants reçoivent deux traverses, haute et basse, en profilés pliés, laquées de couleur blanche, une armature tubulaire intermédiaire, des joues en tôles pliées noires et un fond, côté salle d’eau, en tôle granitée laquée de couleurs variées, bleu, rouge, vert, jaune, etc., suivant les chambres. Toute cette ossature est en aluminium ou en alliage léger. Les portes, à pivots, au nombre de quatre pour le petit modèle de 1,88 m. et de cinq pour le grand de 3,33 m., s’étendent entre les deux traverses ; ce sont des claies en lames de niangon (bois colonial) vernies et séparées par de petits pions en métal léger formant entretoises. Les tablettes sont en paghols (bois colonial) ; certaines comportent des glissières et reçoivent des tiroirs en matière plastique moulée.

Le portillon, qui donne accès à la salle d’eau, s’articule sur ce placard-penderie et est réalisé, lui aussi, en lames de niangon. Cette disposition dégage bien la partie inférieure pour les nettoyages et la partie supérieur pour la circulation d’air. L’emploi de portes en claies assure la ventilation du placard.
Un rayonnage, composé de deux tablettes aux coins arrondis, entretoisées par des plots en tôle d’aluminium pliée et laquée, est fixé au mur ; il sert de bibliothèque, de console et de rangement.
Une table volante comporte un piètement de trois tubes d’aluminium cintrés et laqués, sur lequel repose un plateau en bois recouvert de Formica.
Les sièges, fauteuils et chaises, sont en rotin.
Le, ou les lits jumeaux, comporte un cadre-poutre formant un sommier métallique, porté par un piètement en tubes d’acier cintrés gainés de polychlorure de vinyl. Ce mobilier est complété par une table de chevet supportant le téléphone, une banquette pour valise, une grande glace murale, des appareils d’éclairage, dont un sur bras orientable et, dans la salle d’eau, un meuble de toilette en applique; il est composé de deux flancs en tôle épaisse d’aluminium avec un retour en partie basse pour fixer les tubes porte-serviettes et des tablettes en matière plastique.
Tout cet ameublement fonctionnel et élégant a été conçu par Mme Charlotte Perriand et réalisé avec la collaboration de M. Jean Prouvé. Il a été édité par Tubauto pour les lits et par Steph Simon pour les autres pièces.


Exploité par Novotel jusqu’en 2013, racheté en 2019 par le groupe Hyatt, sa restauration devrait lui permettre de retrouver sa grandeur d’antan. Malheureusement, son partenaire local a fait faux bond et le bâtiment se trouve aujourd’hui dans un état de délabrement avancé au point que le gouvernement guinéen recherche depuis le début de 2026 de nouveaux investisseurs.