
Imaginé en 1947 alors que la tuberculose tuait encore des dizaines de milliers de personnes par an, le sanatorium d’Osséja dans les Pyrénées Orientales est finalement livré en 1962. Seuls absents à son inauguration, les malades de la tuberculose car la vaccination et les traitements antibiotiques avaient eu raison de cette maladie.
Ce sanatorium, œuvre de l’architecte Louis Arretche, reste donc vide plusieurs années avant d’être reconverti pour accueillir d’autres patients, notamment des enfants et des adolescents. Il sera désaffecté en 2023, et fera l’objet d’une déconstruction exemplaire dans le cadre d’une vaste opération de recyclage de ses matériaux.
Architectes : Louis ARRETCHE avec Jacques Henry AVIZOU en collaboration avec Louis G. NOVIANT
Le sanatorium médico-chirurgical dont nous vous présentons le bâtiment de cure dans les pages qui suivent est celui qui a été classé premier au concours à deux degrés organisé pour l’édification d’un sanatorium interdépartemental à Osseja (sanatorium qui sera commun aux départements de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées Orientales et de l’Aude). Le sanatorium ne recevra que des malades atteints de formes améliorables de tuberculose pulmonaire, du sexe masculin, et à partir de 18 ans. Le service chirurgical comprendra cependant un certain nombre de lits réservés aux malades du sexe féminin.
L’ensemble de l’établissement comportera 300 lits dont 250 environ pour la médecine et 50 pour la chirurgie. Le terrain choisi, à 800 mètres du village d’Osseja, a une superficie de 5 hectares environ et son altitude est de 1.250 mètres.
Le bâtiment principal dit « bâtiment de cure » est unique, la formule pavillonnaire étant proscrite (par le programme). Ses galeries de cure s’ouvrant vers le sud, l’entrée de l’établissement a été située à l’extrémité nord du terrain ; la circulation des voies d’accès et de desserte est ainsi établie derrière le bâtiment principal. Le groupe usine est isolé à l’est (sous les vents dominants qui viennent de l’ouest) tout en étant en relation immédiate avec l’entrée.
Outre le bâtiment de cure, l’ensemble comprend également les habitations du personnel groupées en divers éléments secondaires suivant les catégories et les besoins familiaux (pavillons isolés, maisons familiales jumelées, habitations pour le personnel célibataire et marié sans enfants) ainsi que divers bâtiments annexes (animalerie, jardin d’enfants, chapelle).
L’étude de l’implantation a prévu l’emplacement de la postcure qui bénéficiera d’une vue libre vers le sud et sera reliée directement au bâtiment de cure.
Le bâtiment principal dit « bâtiment de cure » est unique, la formule pavillonnaire étant proscrite (par le programme). Ses galeries de cure s’ouvrant vers le sud, l’entrée de l’établissement a été située à l’extrémité nord du terrain ; la circulation des voies d’accès et de desserte est ainsi établie derrière le bâtiment principal. Le groupe usine est isolé à l’est (sous les vents dominants qui viennent de l’ouest) tout en étant en relation immédiate avec l’entrée.

Plan d’ensemble du sanatorium et des bâtiments annexes : les accès sont au nord (voie principale et voie de service indépendantes). Le sud du terrain sur lequel donnent les galeries de cure est entièrement libre et traité en parc.


Outre le bâtiment de cure, l’ensemble comprend également les habitations du personnel groupées en divers éléments secondaires suivant les catégories et les besoins familiaux (pavillons isolés, maisons familiales jumelées, habitations pour le personnel célibataire et marié sans enfants) ainsi que divers bâtiments annexes (animalerie, jardin d’enfants, chapelle).
L’étude de l’implantation a prévu l’emplacement de la postcure qui bénéficiera d’une vue libre vers le sud et sera reliée directement au bâtiment de cure.

Plan de rez-de-chaussée : dans l’angle ouest (à gauche sur le plan) : hall d’entrée avec attente et renseignements (malades et visiteurs) donnant accès aux étages (escalier principal, ascenseurs, monte-malades) et directement aux installations collectives des malades qui occupent tout le rez-de-chaussée de l’aile d’hospitalisation : salle à manger, galerie de promenade, salons, théâtre, terrasse.
A l’est du bloc technique : cour de service avec quai pour des camions (service de bouche, réserves pharmacie, etc…) et cour anglaise de service des sous-sol. Derrière le hall : cuisines et offices – Architecture Française, n°113-114, 1951
Au rez-de-chaussée, le hall d’entrée, accessibles par un escalier et une rampe, mène directement aux installations collectives des malades : salles à manger s’ouvrant sur une large terrasse, galerie de promenade et de jeux, petits salons, coiffeur, journaux, foyer et balcon du théâtre, etc.
De la terrasse des salles à manger et par une rampe située à l’extrémité ouest du bâtiment, les malades peuvent gagner les jardins.
Le théâtre, accessible directement par la galerie intérieure de promenade, a cependant une entrée indépendante au niveau inférieur, grâce à l’utilisation de la pente du terrain qui descend de l’est vers l’ouest. Cette solution permettra son utilisation par des malades de sanatoriums extérieurs (Osseja étant déjà un centre sanatorial) sans que ceux-ci n’aient à pénétrer dans le bâtiment de cure proprement dit.
L’aile d’hospitalisation du premier au sixième étage inclus est réservée au service médical et comprend, par étage, deux services de vingt lits avec leurs locaux annexes (infirmerie, salle de réunion, services, etc.), le septième étage est réservé à l’hospitalisation chirurgicale (service hommes) et le huitième à l’hospitalisation chirurgicale (service femmes).
Le bloc des services généraux et techniques comprend au rez-de-chaussée : les salles à manger du personnel et les services de bouche (avec un accès de service indépendant) en liaison avec les cuisines et les salles à manger des malades. Au premier étage : les bureaux de la direction et de l’administration. Du deuxième au sixième étage inclus : secrétariat médico-technique, sécurité sociale, radio, service de médecine, pharmacie et laboratoire, salles de cours, radiodiffusion etc. Au septième étage : le service chirurgical.
Outre ces divers éléments, nous trouvons trois services de médecins-adjoints desservant chacun deux étages d’hospitalisation. Au huitième étage : scialytiques avec des galeries d’observation et quelques logements.
Les sous-sol abritent les réserves de bouche, chambres froides, réserves de pharmacie, service général de douches, stérilisation des crachoirs, morgue, dépôts, station-relais de chauffage etc., leur accès se fait par la cour de service nord-est (linge souillé, matériel, morgue).
Dans une partie indépendante et accessible directement par les escaliers ouest se trouvent : la bibliothèque, la salle du culte protestant et la salle des fêtes. Ces bâtiments ne sont plus au sous-sol mais grâce à l’utilisation de la pente du terrain, de plain-pied avec l’extérieur et eu liaison avec la future postcure.

Plan du 1er au 6ème étage : médecine : 1. Chambre de signalisation 2. Salle de loisirs 3. Local de l’infirmière de service 4. Dépôt de valises d’étage 5. Office d’étage (monte-plats) 6. Office de service 7. Local des chariots 8. Personnel de service 9. Sanitaires, lavabo, baignoire des chambre 10. Local d’aérotherme 11. Dépôt des brancards et des lits roulants 12. Poste oxygène et aspiration 13. Réserve de matériels 14. Sanitaires, baignoires des dortoirs 15. Sanitaires, lavabos 16. Ascenseurs 17. Dortoirs de 4 lits 18. Accès aux dortoirs et a à la galerie de cure 19. Chambres individuelles – Architecture Française n°113-114, 1951


Que ce soit en chirurgie ou en médecine, les dortoirs de 4 lits sont tous groupés par deux. Du couloir de circulation, on y accède par un dégagement d’accès en épi qui conduit également à la galerie de cure. Sur celle-ci, chaque chaise-longue est séparée des autres par un écran bas en verre dépoli. Les chambres individuelle ont leur emplacement de cure indépendant à accès direct et protégé latéralement des vue par un écran haut.
Pour assurer au maximum l’isolement des malades, les galeries de cure sont interrompues entre les dortoirs et les chambres individuelles, mais une circulation continue extérieure sur toute la longueur d’un service. Les postes d’infirmières sont toujours situées entre le groupe des dortoirs et celui des chambres.
Les toilettes des dortoirs (avec boxes individuels facilitant les soins de propreté), baignoires et sanitaires sont situés de l’autre côté du couloir de circulation, c’est-à-dire dans le ‘’bloc chaud’’ de l’hospitalisation.
Les chambres individuelles comportent une entrée avec penderie et cabinet de toilette. Elles sont, ainsi que les dortoirs, séparées du couloir par une double cloison formant gaine continue pour le passage des canalisations.

Plan du £7ème étage : 1. Chambre de signalisation 2. Salle de loisirs 3. Local de l’infirmière de service 4. Dépôt de valises d’étage 5. Office d’étage (monte-plats) 6. Office de service 7. Local des chariots 8. Personnel de service 9. Sanitaires, lavabo, baignoire des chambre 10. Local d’aérotherme 11. Dépôt des brancards et des lits roulants 12. Poste oxygène et aspiration 13. Réserve de matériels 14. Sanitaires, baignoires des dortoirs 15. Sanitaires, lavabos 16. Ascenseurs 17. Dortoirs de 4 lits 18. Accès aux dortoirs et a à la galerie de cure 19. Chambres individuelles individuelles 20. Hall d’étage 21. Bureau du chirurgien 22. Ascenseur particulier 23. Sanitaires et vestiaire 24. Ascenseur du personnel 25. Salle d’opérations septiques 26. Préparation des malades 27. Secrétariat médico-technique 28. Salles d’opérations aseptiques 29. Attente 30. Déshabillage 32. Préparation des malades 33. Déshabillage, rhabillage des opérateurs et des infirmiers 34. Salle stérile 35. Rangement des instruments et des pansements stériles 36. Salle de stérilisation 37. Toilettes d’étage 38. Monte-malades 39. Monte-charge de dépannage – Architecture Française n°113-114, 1951
Osseja étant déjà un centre sanatorial, d’autres établissements sont susceptibles d’y être édifiés ultérieurement. Le sanatorium interdépartemental devant être, à l’heure actuelle, le plus important de la commune, certains services sont appelés à prendre une importance que ne justifierait peut-être pas un établissement isolé. C’est le cas en particulier du service chirurgical qui comprend, outre le bureau du chirurgien et un secrétariat médico-technique, trois salles d’opérations (une septique, deux aseptiques) avec toutes leurs annexes. Les deux salles aseptiques ont été groupées en un bloc opératoire éclairé artificiellement et équipé d’une installation d’air conditionné et stérilisé.
Les circuits séparés d’utilisation ont été particulièrement étudiés ainsi que la disposition des locaux et leurs liaisons entre eux afin d’obtenir une asepsie totale aussi bien avant qu’en cours d’opérations. Le schéma ci-contre rend compte du principe de distribution de ces locaux et les plans présentés dans la page suivante montrent les circuits obligatoires que parcourent les chirurgiens et ses aides, le linge et les instruments, le malade à opérer. Les parties grises indiquent les locaux aseptiques.
Les malades sont amenés directement de l’hospitalisation d’étage (hommes) ou du huitième étage par des monte-malades (femmes). De la salle d’attente, ils passent dans la salle de déshabillage, puis dans la salle de rhabillage (tenue d’opération). De là on les conduit à la salle de préparation et enfin dans la salle d’opération. Après l’intervention, ils ressortent par la salle de rhabillage. Un autre malade a été entre temps amené à la préparation, e qui permet une alimentation continue de la salle d’opération sans que les malades n’aient à se croiser.

Les chirurgiens et leurs aides venant, soit de l’hospitalisation, soit des étages inférieurs du bloc des services généraux (escalier, ascenseur général, ascenseur particulier des médecins), entrent dans le bloc des opérations aseptiques par le couloir central de dégagement et pénètrent dans la salle stérile par une série de box en chicane. Dans une première cabine, ils déposent leurs vêtements puis, dans une seconde cabine, revêtent des vêtements stériles. Leur tenue opératoire se termine dans la salle stérile équipée de lavabos. Le circuit post-opératoire est l’inverse du premier.

Les chirurgiens et leurs aides venant, soit de l’hospitalisation, soit des étages inférieurs du bloc des services généraux (escalier, ascenseur général, ascenseur particulier des médecins), entrent dans le bloc des opérations aseptiques par le couloir central de dégagement et pénètrent dans la salle stérile par une série de box en chicane. Dans une première cabine, ils déposent leurs vêtements puis, dans une seconde cabine, revêtent des vêtements stériles. Leur tenue opératoire se termine dans la salle stérile équipée de lavabos. Le circuit post-opératoire est l’inverse du premier.


Elle repose sur une ossature en profilés acier, selon la trame rigoureuse du plan (3,5 m × 5 m) permettant une préparation d’éléments standards à montage rapide. Les cloisonnements et plafonds seront réalisés en éléments normalisés facilitant par la suite toute modification nécessaire dans l’aménagement intérieur sans toucher à la structure du bâtiment. Pour ce faire, on a également prévu ure répartition régulière des gaines à travers le bâtiment et des doubles plafonds à plaques insonorisées dans la doublure desquels passeront toutes les canalisations horizontales. Les revêtements de façades seront réalisés en plaques de pierre naturelle ou reconstituée.
La stabilité du bâtiment sera assurée par un système de poutres horizontales établies dans l’épaisseur des planchers et transmettant les efforts horizontaux dus au vent à des palées verticales qui coupent en trois la longueur de l’aile d’hospitalisation.
Programmée en 1948 alors que la tuberculose tue encore des dizaines de milliers de personnes par an, la construction du sanatorium d’Osséja dans les Pyrénées Orientales débute en 1952. Le chantier est interrompu en 1959 car la politique de santé publique et la thérapeutique de la tuberculose ont évolué. En 1963, les travaux reprennent pour s’achever en 1966.
C’est un établissement modèle, ultramoderne, auquel rien ne manque. Seuls absents à son inauguration, les malades de la tuberculose : la vaccination et les traitements antibiotiques avaient eu raison de ce mal du siècle. Le sanatorium reste donc vide plusieurs années – situation à l’époque qualifiée de « sana-scandale » par la presse.
Il est finalement investi à la fin des années soixante par l’ALEFPA, une association pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie et renommé Perle Cerdane.
Aujourd’hui, l’édifice promis à la démolition accueille des enfants et adolescents souffrant de maladies respiratoires ainsi que des diabétiques et des hémophiles.
En 1997, des lits sanitaires ont été reconvertis pour accueillir un Institut d’Éducation Motrice pour les enfants polyhandicapés et d’une Maison d’Accueil Spécialisé pour les adultes polyhandicapés. La vétusté des locaux contraint par la suite ces établissements à déménager. Les étages de l’ancien sanatorium sont progressivement désaffectés et la démolition de l’édifice est décidée. Les travaux ont commencé en 2024.
L’ALEFPA, le maitre d’ouvrage, a voulu que la déconstruction de l’édifice soit vertueuse, en cohérence avec les valeurs portée par cette association, d’autant plus que le bâtiment est situé sur le domaine du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes, et malgré le surcoût de l’opération par rapport à une démolition classique.
La suppression de cette grande barre de 10 étages va permettre à ce paysage de montagne de retrouver son aspect en grande partie sauvage. Le mode opératoire retenu pour la déconstruction vise à limiter les impacts environnementaux par rapport à une démolition classique car il permet de valoriser 90% des matériaux et des équipements par le réemploi, le recyclage ou la valorisation énergétique.
Par ailleurs, ce chantier doit permettre de développer localement une filière d’économie circulaire et favoriser l’emploi.
Imbriqué dans l’édifice principal, le théâtre, aujourd’hui très dégradé et inutilisable en l’état, se compose à la fois d’un espace intérieur doté d’une grande salle de spectacle et d’une partie extérieure équipée de gradins.



Ce théâtre sera ainsi conservé et rénové pour devenir une salle polyvalente. Exclu de la démolition, cet espace rénové sera à la fois le souvenir des années glorieuses, le trait d’union avec le présent et le symbole des années à venir.

SOURCES :
Nos vifs remerciements à Monsieur Fabien Fleury de l’ALEFPA pour ses précieuses explications sur la transformation du Sanatorium d’Osséja et les documents qu’il nous a transmis.