
La chapelle de la très réputée université du Massachusetts Institut of Technology (M.I.T.) à Cambridge dans la banlieue de Boston, de l’architecte Eero Saarinen est aussi célèbre de par sa forme cylindrique que par son retable, œuvre du sculpteur Harry Bertoia.
La commande portait également sur la construction sur le même terrain d’un vaste auditorium. Ces deux réalisations ont été rendues possible grâce à une donation effectuée par la Fondation Kresge, soucieuse de voir créés sur ce campus un lieu de rassemblement de la communautaire et un espace œcuménique à l’image des ‘’meeting houses’’ de la Nouvelle-Angleterre.
Le caractère tout à fait novateur de ces deux édifices se perçoit tout à fait dans le texte de l’article paru dans la revue La Technique des Travaux en 1956 et que nous reproduisons ci-dessous.
Le défi pour l’architecte Eero Saarinen (lui-même petit-fils d’un pasteur luthérien) consistait à créer un lieu propice à la méditation et au recueillement sans aucun signe religieux. Un lieu multi-confessionnel permettant aux étudiants, aux chercheurs comme aux professeurs de s’abstraire un moment du monde extérieur.
Après avoir envisagé plusieurs configurations, la forme cylindrique sans aucune fenêtre lui apparue, déclara-t-il, comme celle qui « évoquait le mieux le recueillement intérieur et l’introspection propre à un lieu de culte« . Toujours à propos de la genèse de cet édifice, il ajouta : « Je me suis souvenu d’une nuit, lors de mes voyages d’étudiant, alors que je me trouvais dans un village de montagne du côté de Sparte. La lune brillait intensément au-dessus de moi, tandis qu’une lumièresecondaire, douce et feutrée baignait l’horizon. Ce type d’éclairage à double source semblait idéal pour créer cette impression d’un monde irréel. »
Les premiers travaux débutèrent en 1953; l’édifice fut inauguré en 1955.




La Fondation Kresge, purement charitable, poursuivant la politique à laquelle elle s’est attachée de développer les installations de repos indispensables aux écoles techniques, vient de mettre à la disposition de l’Institut de Technologie du Massachusetts une somme de 1 500 000 dollars pour créer un nouveau centre de repos.
Les principaux bâtiments édifiés en exécution de ce programme sont un auditorium et une chapelle pour tous cultes dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont de formes nettement inattendues: le toit de l’auditorium n’est autre chose qu’une portion de sphère; quant à la chapelle, sa construction cylindrique en briques au beau
milieu d’une douve pleine d’eau n’indique en rien sa destination religieuse. Cependant, ces deux réalisations sont, du point de vue technique, suffisamment intéressantes pour mériter une description détaillée.Les deux bâtiments sont érigés sur une esplanade gazonnée, dessinée à cet effet, avec terrasses pavées et pistes de circulation, en bordure de Massachusetts Avenue devant la façade de l’École d’Architecture et de Mécanique Navale.
A l’Est de l’auditorium, tout à côté, se trouve la chapelle. Extérieurement, cette chapelle est totalement dépourvue d’apparence religieuse. Elle est destinée à toutes les religions, catholiques, protestants el israélites l’utilisant tour à tour pour leurs offices.
Ce bâtiment de briques, cylindrique, dépourvu d’ouvertures, est placé au milieu d’une douve remplie d’eau. On y accède par une allée bordée d’arbres le long d’un mur de briques. L’absence de fenêtres, la douve et les accès donnent une impression de calme retraite.
La chapelle est surmontée d’un motif en aluminium. A la base de ce motif, se trouve une cloche, dessinée comme lui par le sculpteur Théodore Roszak. La chapelle elle-même se compose en réalité de deux bâtiments, un intérieur, l’autre extérieur, complètement indépendants au point de vue constructif. L’intérieur contient l’autel et l’assemblée, l’extérieur enveloppe et recouvre le tout. Le cylindre extérieur a un diamètre de 15 m et une hauteur de 9 m, posé sur des piliers de granit dans la douve.
A la base du cylindre extérieur se trouvent des arcs de différentes portées, disposées irrégulièrement. Pour la construction de ces arcs, il a fallu tailler chaque brique séparément, car il n’en existait pas deux identiques. Ces ouvertures ont pour but de laisser passer une lumière réfléchie au travers de fenêtres de verre posées à plat entre le mur extérieur et un lambrissage de bois à l’intérieur.
Venant de l’esplanade, on entre dans la chapelle par un long narthex allant d’est en ouest et dont les murs de verre sont teintés en gris antique; la lumière est adoucie par le verre teinté. Lorsqu’on pénètre dans la chapelle proprement dite et qu’on se trouve alors face à l’autel, la lumière est encore atténuée, sauf sur l’autel, qui bénéficie d’un éclairage indirect provenant de la douve et d’innombrables points lumineux au plafond.
Pour des raisons d’acoustique, les murs intérieurs ont une forme sinueuse. Le sol est en marbre travertin disposé en pavage de hasard. A la base des murs de briques se trouve un lambrissage analogue à celui de l’auditorium.
L’orgue est placé juste au-dessus de l’entrée. Les sièges sont individuels au lieu des banes habituels.
Un piédestal de marbre massif en forme de parallélépipède de quelque 90 cm de hauteur, situé en permanence au milieu de la salle, sert d’autel. Les objets des divers cultes sont placés sur cet autel lors des services ou cérémonies. Des chaires de bois de forme artistique sont également placées aux endroits voulus.
L’autel est éclairé directement par une ouverture dans le plafond, qu’on pourrait appeler un lanterneau, Celui-ci a une face grillagée en nid d’abeilles par laquelle pénètrent, soit la lumière du jour, soit un éclairage artificiel pour les cérémonies nocturnes ou par temps sombre. L’autel vivement éclairé fait un contraste frappant avec la lumière atténuée provenant de la douve. L’effet est accentué par un rideau assez particulier qui pend derrière l’autel et qui va du plafond au sol; ce rideau, dessiné par le sculpteur Harry Bertoid, est composé de tiges métalliques et de plaques transversales réfléchissantes qui accentuent encore la zone lumineuse de l’autel.
Sous le piédestal, en sous-sol, se trouvent des vestiaires et des salles séparées. Les changements nécessaires sur l’autel sont facilités par un ascenseur entre le sous-sol et le rez-de-chaussée.
La Techniques des Travaux, 1956

Plan d’origine de l’édifice au niveau du jardin – Library of Congress, LC-DIG-ppmsca-15450.
Le bâtiment de l’association des étudiant perpendiculaire au narthex qui figure sur ce plan, n’a jamais été construit ; seul le mur en brique le long de Massachusetts Avenue a été monté.

Coupe transversale : 1. Lanterneau. 2. Baffle. 3. Panneaux acoustiques. 4. Orgue. 5. Plafond suspendu. – L’Architecture d’Aujourd’hui, 1957


Le cylindre en briques est supporté par des arcs s’appuyant à leur tour sur des dés de granit prismatiques immergés dans l’eau.









La cascade de lumière conçue par Théodore Roszak dialogue parfaitement avec les larges ondulations de la paroi circulaire faite de briques brutes jointées grossièrement éclairées délicatement par la lumière indirecte venant de la longue dalle en verre qui serpente derrière le comptoir en bois.
Aucune décoration dans ce lieu de culte et de méditation, si ce n’est l’inscription suivante : « Ce bâtiment incarne la responsabilité du Massachusetts Institute of Technology de préserver un climat de liberté religieuse permettant aux étudiants d’approfondir leur compréhension de leur propre héritage spirituel, de cultiver librement leurs aspirations religieuses et de rendre hommage à Dieu selon leurs propres convictions. Inauguré en mai 1955. »