France Habitat collectif

La Price Tower à Bartlesville, au milieu des plaines de l’Oklahoma

L’unique gratte-ciel de Franck Lloyd Wright, la Price Tower (1952-56)

C’est à la demande d’Harold C. Price que Frank Lloyd Wright a construit au début des années 50 un spectaculaire gratte-ciel de cuivre et de béton dans la petite ville de Bartlesville dans les plaines de l’Oklahoma.

Alors que cet entrepreneur n’envisageait au départ qu’un bâtiment réduit pour y installer le siège social de sa compagnie pétrolière, le célèbre architecte le convainquit qu’il lui serait plus rentable de bâtir une tour de de 18 étages et d’en louer une partie.

Outre sa localisation, ce gratte-ciel est unique car il fut le seul construit par Frank Lloyd Wright dans toute sa carrière. Un édifice à l’opposé des canons de l’Architecture Internationale en vogue à l’époque.

Un véritable manifeste architectural

Frustré devant le manque d’originalité des gratte-ciel, tous parallélépipédiques aux murs-rideaux en verre, qui fleurissaient dans les grandes métropoles américaines en ce début des années 50, Wright saisit l’opportunité offerte par la commande d’Harold C. Price pour reprendre le projet d’un complexe résidentiel à New-York, les St. Mark’s Towers, sur lequel il avait travaillé en 1929. Un projet qui fut abandonné avec la Grande Dépression. 

Adepte de l’architecture organique, le célèbre architecte envisageait ce gratte-ciel tel un arbre gigantesque avec son tronc (trunk) constitué au centre par les quatre colonnes d’ascenseurs qui s’enracinent sur un socle large. Chacun des 19 plateaux repose sur les poutres en béton en porte-à-faux partant du noyau central telles des branches puissantes. Les façades, toutes différentes, sont revêtues de panneaux en cuivre qui sont autant d’écorces qui façonnent le caractère de l’édifice. Ainsi, cet immeuble « doit se lire comme un arbre vivant et non comme un empilement de boîtes ». 

A noter que les plateaux ne sont pas rectangulaires avec des angles à 90° facilement cloisonnables, mais un système géométrique reposant sur des angles à 30°, 60° et 90° segmentant l’espace en quatre quadrants. 

En utilisant la métaphore de l’arbre sorti d’une forêt profonde, Franck Llyod Wright voulait également signifier qu’isolé au milieu de la Prairie, ce gratte-ciel se suffisait à lui-même et qu’il n’avait pas besoin de se situer au centre d’une métropole urbaine.  

Ses assistants finalisent la maquette de la Price Tower dans l’atelier à Taliesin – The Frank Lloyd Wright Foundation Archives
L’architecte devant la maquette

Plan d’un étage courant

Dispersion vs Densité

Chose surprenante, l’opposition tant conceptuelle qu’esthétique entre les choix de Franck Lloyd Wright et ceux de l’Architecture Internationale d’un architecte comme Mies van de Rohe n’est absolument pas évoquée dans l’article publié dans le numéro de L’Architecture d’Aujourd’hui de 1956 que nous reproduisons ci-dessous. 

De plus, lors de la mise en page de l’article, une partie du texte d’origine de l’auteur de l’article a semble-t-il sauté rendant difficilement compréhensible le second paragraphe. Le concept de la Price Tower découle en effet des réflexions menées par l’architecte en matière d’urbanisme avec son projet Broadacre.

Dans les années 30, Franck Llyod Wright, estimant que les gratte-ciel n’étaient que « des étranglements artificiels », s’opposait à l’augmentation de la densité urbaine et l’accumulation des richesses dans les centres-villes. Son projet futuriste de Broadacre City propose au contraire un modèle de ville décentralisée, rendue possible par le développement de l’automobile et des aéronefs, bien intégrée dans la nature. Selon lui : ‘’ la décentralisation n’est pas dispersion, c’est la réintégration’’.   

En proposant à Harold C. Price de construire un bâtiment ayant une surface au plancher plus importante que celle nécessaire pour accueillir le siège social de son entreprise, Franck Lloyd Wright voulait en faire un édifice polyvalent pouvant héberger des bureaux, des magasins et des appartements, réfutant les théories du zoning très en vogue à l’époque. 

Une vue de Broadacre City, la vision futuriste de Franck Lloyd Wright (1935)
Au premier plan, la maquette de la Price Tower, derrière, celle de Broadacre – exposition organisée par le MoMa en 2014

GRATTE-CIEL A BARTLESVILLE, CITE DE 25.000 HABITANTS, U.S.A.

L’Architecture d’Aujourd’hui, numéro 67-68, 1956

Franck Lloyd Wright, architecte

Tandis que le problème de la décentralisation retient l’attention des urbanistes, l’architecte américain Franck Lloyd Wright vient d’apporter une première solution au développement des petites villes en édifiant à Bartlesville, cité rurale de l’Oklahoma qui compte moins de 25.000 habitants, un gratte-ciel de 18 étages.

Dès 1920, Wright envisageait d’utiliser ce mode de construction pour des immeubles de bureaux, mais c’est seulement en 1952 que Harold C. Price, qui est à la tête d’une des plus grosses entreprises des Etats-Unis, jugea nécessaire de faire construire un bâtiment de bureaux pour sa société. Du haut des 57 mètres du building Price, situé en bordure du quartier d’affaires, l’on découvrira, au-delà d’une agglomération de petites maisons de bois, des plaines et des collines.

La tour est divisée en quatre secteurs différents, dont trois sont destinés aux bureaux et le quatrième à des appartements. Des entrées et des ascenseurs séparés desservent les uns et les autres. Le module adopté est un losange ayant 7,50 m dans sa plus grande dimension et comportant deux angles de 60 degrés. Tous les plans, y compris la forme des bureaux sont conçus en fonction du losange.

Chaque étage a une superficie intérieure d’environ 177 m2, les murs extérieurs ayant une longueur de 13,50 m. Des écrans de cuivre d’une largeur de 50 cm protègent les fenêtres de la lumière directe du soleil. Ces écrans verticaux dans le secteur Sud-Ouest, où la luminosité est la plus grande, et horizontaux dans les trois autres. Le cuivre a été traité chimiquement afin de lui donner une nuance vert de gris, qui s’associe heureusement à celle des vitres, légèrement teintées de jaune, au vert des plantes qui garnissent les terrasses supérieures et à la couleur des surfaces peintes.

Chacun des 8 appartements est conçu selon la formule atelier et comporte une loggia recouvrant en partie le séjour, deux chambres et une salle de bain. Les appartements sont desservis par un ascenseur spécial. Trois autres ascenseurs sont affectés aux bureaux. Ils ouvrent à chaque étage sur un petit palier commun aux trois secteurs et situé au centre du building.

A l’intérieur des bureaux, des meubles dessinés par Wright prennent un minimum de place et les pièces donnent l’impression d’être spacieuses malgré leur superficie relativement restreinte et leurs plafonds assez bas.

Tous les étages, jusqu’au 14ème inclus, sont identiques. Au 15ème sont installés un restaurant et sa cuisine qu’entourent des terrasses fleuries. Au 16ème étage, un petit bureau et la partie inférieure du dernier appartement. Au 17ème, la salle de conférence et la loggia de l’appartement. Au 18ème, le bureau rivé de M. Price et des jardins suspendus.

Le plan de coupe de la Price Tower – Architecture d’Aujourd’hui, 1956
La Price Tower pendant sa construction – à cette époque, elle tranchait vraiment avec le reste du paysage.
La Price Tower lors de son inauguration en février 1956 – la foule s’est pressée pendant plusieurs jours pour découvrir cet édifice véritablement unique.

Détails des façades 

Le Johnson Wax Building 

Notons pour conclure, que d’un point de vue structurel, pour construire la Price Tower, Franck Llyod Wright s’est appuyé également les études qui lui ont permis, quelques années, plus tôt de construire le Johnson Wax Research Building à Racine dans le Wisconsin.

Un centre de recherches de 15 étages avec des plateaux de formes alternativement carré ou circulaire, reposant tous sur des poutres en porte-à-faux accrochées à un noyau central en béton.

A la différence de la Price Tower, les parois des façades du Johnson Wax Research Building sont totalement lisses et les coins arrondis.

Un bâtiment magnifique pour lequel nous devrions prochainement mettre en ligne un article…

J-L V.

Le Johnson Wax building à Racine dans le Wisconsin

Sources :