Amérique du Nord Industrie & Commerces

On distingue facilement l’alternance des plateaux carrés et circulaires

Le Johnson Wax Building de Franck Lloyd Wright à Racine, WI

Le nouveau siège social de la Compagnie Johnson Wax construit par Franck Lloyd Wright à Racine dans le Wisconsin, avant et après-guerre, est l’une des œuvres les plus abouties du célèbre architecte.

La tour a été édifiée entre 1949 et 1951. Elle ne ressemble à aucune autre avec son alternance de plateaux carrés et circulaires, ses bords arrondis et ses parois vitrées en Pyrex. 

Franck Lloyd Wright l’a conçue « comme une interprétation socio-architecturale de l’entreprise moderne à son apogée et sous son meilleur jour (…) un lieu de travail aussi inspirant qu’une cathédrale l’était pour le culte ».

Herbert Johnson, souhaitant moderniser l’image de l’entreprise familiale et améliorer le confort au travail de ses employés, fit appel en 1935 au célèbre architecte Franck Lloyd Wright pour construire le nouveau siège social de la Compagnie à Racine, à 200 kilomètres de Chicago. Celui-ci conçu un volume horizontal refermé sur lui-même, contrairement aux gratte-ciels qui étaient à la mode à l’époque. Pour Wright, la ligne horizontale était celle de l’horizon, associée à la terre, et la seule direction qui permettait au bâtiment de s’intégrer à cette terre. Rappelons qu’à l’époque, il était complètement investi sur son projet d’urbanisme du futur.  

A la fin de la Seconde guerre mondiale, Herbert Johnson demanda à Franck Lloyd Wright de concevoir de nouveaux locaux pour y installer des laboratoires de recherche. Compte tenu de l’étroitesse de l’espace disponible, l’architecte n’eut d’autre choix que de construire une tour, mais il la conçu de telle sorte qu’elle reste en harmonie avec l’horizontalité des bâtiments qu’il avait déjà construits. Les étages carrés de cette tour alternent avec des étages de forme circulaire, mais ces derniers ne touchent pas l’enveloppe du bâtiment. De ce fait, seuls les plateaux des étages carrés sont visibles en façade, créant l’illusion que le bâtiment est beaucoup plus bas qu’il ne l’est réellement.

La lumière joue un rôle fondamental dans l’ensemble du projet. L’originalité de l’édifice tient à l’utilisation de tubes en verre Pyrex fixés horizontalement ou verticalement sur des cadres triangulaires en métal et à la configuration des piliers. Le bâtiment est en effet soutenu par 60 colonnes de 6,5 mètres de hauteur, avec une base de seulement 22 cm qui s’élargit jusqu’au plafond, couvrant toute la surface Les colonnes sont en réalité creuses, et à l’intérieur, passent les installations électriques, téléphoniques, ainsi que les descentes d’eaux pluviales et les canalisations sanitaires. Pour obtenir des piliers de section aussi réduite à leur base, et qui plus est creux, Wright a imaginé un nouveau système de béton armé, dans lequel l’armature n’est plus constituée de barres d’acier rondes classiques, mais a été remplacée par une grille en acier, ce qui a permis de réduire considérablement l’épaisseur.

Une esquisse du projet avec à droite le bâtiment construit en 1936, et à gauche construite entre 1949 et 1951 – Architecture Française, 1952
Coupe longitudinale de l’ensemble de l’édifice
Vue aérienne de l’ensemble – Architecture Française, 1952
La grande salle des bureaux du bâtiment principal – Architecture Française, 1952

BUREAUX ET LABORATOIRES DE S. C. JOHNSON, RACINE, WI

Architecture Française, numéro 123-124, 1952

Franck Lloyd Wright, Architecte

Avec l’important bâtiment administratif de la Compagnie Johnson, construit en 1936, on se trouve en présence d’une des constructions les plus intéressantes de Wright. Les grandes salles de ce bâtiment sont célèbres pour leur structure, de minces poteaux s’évasant en champignons au niveau des planchers, et aussi pour les solutions originales trouvées au problème de l’éclairage zénithal.

Les volumes enveloppes sont traités comme un carter indépendant de la structure portante de l’édifice. Ils sont réalisés en briques pour les pans verticaux que recoupent des bandes horizontales d’éclairage constituées de tubes de verre superposés. Ces tubes donnent des bandes translucides plutôt que transparentes, assurent une bonne diffusion de la lumière et sont également excellents du point de vue de l’isolement thermique et acoustique.

La terrasse de la grande salle des bureaux est constituée par les disques-chapiteaux des poteaux mais ces disques ne sont pas jointifs et l’espace qui les sépare est rempli des mêmes tubes que ceux utilisés pour l’éclairage des façades. Le plafond lumineux ainsi obtenu baigne d’une lumière régulièrement diffusée les plans de travail. Les tubes de verre ont été également utilisés à l’intérieur des bâtiments pour réaliser des cloisons translucides.

Le bâtiment administratif a été complété en 1944 par celui des laboratoires. L’espace restreint dont disposait l’architecte pour édifier ce qui est en fait une véritable usine de recherches dont toutes les pièces doivent jouir d’un excellent éclairage naturel, l’a amené à n’utiliser la surface au sol que pour les très importants services annexes (garages, dépôts de matières premières, bureaux administratifs, etc…) et à situer les laboratoires de recherches proprement dits dans une grande tour de 50 mètres de haut fermée extérieurement par une paroi de tubes de verre doublée intérieurement par une deuxième paroi en glace de vitrage.

La tour axiale groupe les circulations d’air conditionné, les ascenseurs et monte-charge, l’escalier et les diverses gaines de canalisations (eau, vapeur, etc…)

Les planchers en porte à faux sur la tour de béton sont alternativement de plan carré et circulaire (les premiers débordant sur les seconds et recevant l’accrochage des vitrages extérieurs). Au total on obtient une surface utilisable de 2.000 mètres carrés abondamment éclairée sur laquelle sont installés 75 laboratoires complètement équipés où les chimistes de la Compagnie peuvent, au-dessus de l’agitation trépidante de l’agglomération industrielle, poursuivre leurs recherches dans une atmosphère de silence et de sérénité parfaite.

La tour-laboratoire de la Compagnie Johnson est sans doute le plus haut bâtiment à encorbellement du monde.

Mais son mérite, en dehors de sa valeur plastique indéniable est sans doute d’avoir apporté une solution tout à la fois audacieuse et parfaitement fonctionnelle (bien que Wrigh n’aime pas ce mot) au problème particulier qui était posé.

Ecorché de la Tour

La complexité des ramifications nécessaires des gaines et tuyauteries dans le cas d’une implantation horizontale est ici évitée grâce à la solution de la tour-laboratoire verticale. Tout est groupé au centre du bâtiment avec les prises nécessaires à chaque étage.

Les liaisons entre les différents services sont également facilitées (ascenseur, monte-charge, escalier).

La structure en béton armé du bâtiment est comparable à celle d’un arbre dont les racines (ici enfoncées de 17 mètres dans la terre), se continuent par un tronc portant comme des branches des planchers en porte à faux.

L’enveloppe extérieure faite de tubes de verre est suspendue tous les deux étages. Intérieurement elle est doublée d’une cloison de glace de verre dont les éléments sont mobiles pour permettre le nettoyage.

Chaque étage est en légère avancée sur l’étage inférieur pour faciliter l’écoulement de l’eau de pluie (goutte d’eau continue). Des orifices répartis sur la façade permettent un nettoyage automatique à la vapeur de l’enveloppe de verre.

L’axe de la tour se subdivise en 2 gaines pour la circulation de l’air conditionné, 1 gaine pour l’ascenseur, 1 pour l’escalier et 1 pour le monte-charge.

Vue intérieure de la Tour, le muret en briques circonscrit le plateau circulaire situé à l’étage supérieur
Détail du plan d’un étage de la Tour
Vue de la partie centrale d’un plateau
Vue d’un laboratoire implanté sur un plateau circulaire
Vue du chantier en 1949