
Face aux conditions indignes de logement d’une grande partie des habitants d’Aubervilliers, Charles Tillon, le nouveau maire de la commune obtient l’appui du tout nouveau Ministère de la Reconstruction pour construire plusieurs cités H.L.M.
L’architecte André Sive va ainsi se voir confier en 1950 la réalisation de deux immeubles d’habitation dans le cadre d’un ‘’chantier d’expérience’’. Une cité baptisée Rosenberg, mais très vite appelée ‘’la cité perroquet’’ par ses habitants du fait de la polychromie choisie par l’architecte pour colorer les façades.
C’est ce projet pilote dont nous avons pu retracer une partie de l’histoire à partir d’un article publié en février 1953 dans la revue L’Architecture d’Aujourd’hui et de l’Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-Denis. En espérant que des lecteurs de cet article pourront nous aider à le compléter.
« Dans l’après-guerre, notre retard sur les pays voisins était considérable. En 1948 la France était le pays européen dont le rythme de construction était le plus bas ; nous construisions 3,4 fois moins de logements que la Belgique et 17 fois moins que la Suisse et les pays scandinaves. Considérant que le retard français était en partie dû au caractère encore très artisanal des modes de construction en France, le ministère (de la Reconstruction et de l’Urbanisme) mit en place une politique visant à moderniser la construction ». Ainsi furent créés les ‘’chantiers d’expérience.
Le M.R.U. décida dès 1944, avec le chantier d’expérience de Pol Abraham à Orléans, d’organiser des concours destinés à concevoir et tester des procédés constructifs nouveaux utilisant la préfabrication devant permettre de faire baisser rapidement et fortement les coûts et les délais de production. Pour se faire, les architectes et les entreprises étaient invitées à collaborer étroitement afin de proposer les projets les plus pertinents. Le M.R.U. s’engageait par ailleurs à financer le test des projets retenus afin d’inciter les entreprises à démarrer à une échelle semi-industrielle une fabrication en série. Ce faisant, le M.R.U. a su créer un climat d’émulation entre les différents professionnels qui a contribué fortement à la modernisation du secteur de la construction.
C’est dans ce contexte que l’architecte André Sive, assisté de Jean Kling pour le plan d’ensemble et Claude Raccoursier pour les bâtiments, c’est vu confier un chantier d’expérience à Aubervilliers.

La notice de l’Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-Denis consacrée à la Cité Rosenberg (en l’occurrence, les deux immeubles construits par André Sive à Aubervilliers souligne l’implication du M.R.U. dans ce programme : « le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (M.R.U. ) propose à l’office d’HBM d’Aubervilliers de se prêter à la procédure des chantiers expérimentaux. Celle-ci consiste en une délégation de maîtrise d’ouvrage, temporairement confiée aux services du M.R.U. Le ministère expérimente un procédé, une technique de préfabrication, lors du chantier. Une fois achevé, l’immeuble revient à l’office municipal.
Désireux de construire beaucoup et de répondre rapidement aux besoins, l’Office est intéressé par ce dispositif ».

L’article publié en 1953 laisse entrevoir un programme plus ambitieux : « Ce chantier expérimental du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme est situé au Nord de Paris, à Aubervilliers, dans une agglomération spécifiquement industrielle. Un plan masse a été étudié pour l’ensemble du quartier. A partir de trois éléments: des bâtiments de 4 étages, des bâtiments de 8 étages et des tours de 12 étages, les architectes ont cherché à réaliser un ensemble organisé en évitant toute rigidité et toute monotonie.
Des constructions existantes : constructions scolaires, pavillons ou immeubles récents, seront conservées ainsi que les voies principales. Des perspectives nouvelles seront créées sur les bâtiments et sur les espaces plantés d’arbres. La zone résidentielle sera nettement séparée de la zone industrielle par un large boulevard prévu dans le plan d’aménagement. L’îlot industriel sera délimité par ce boulevard, la voie ferrée et le canal ».

Dans l’article de la revue L’Architecture d’Aujourd’hui lui a consacré un article dans son numéro de février 1953, on peut y lire les explications suivantes : « L’expérience porte ici sur l’utilisation de crédits très limités. Les plans sont étudiés afin de réduire au maximum la surface construite et l’équipement.
En dehors des W.-C., un seul appareil sanitaire a été prévu: bac en granito jouant le rôle d’évier, de bac à laver et de bac à douche : la partie supérieure servant d’évier étant soulevée, il peut être utilisé comme bac à douche.

Les logements peuvent être aisément groupés deux à deux pour constituer ultérieurement un appartement plus grand; dans ce cas, une des cuisines sera transformée en salle de bains». L’Atlas du patrimoine de Seine-Saint-Denis apporte à ce sujet la précision suivante : « A Aubervilliers, l’architecte André Sive s’inspire d’une innovation hollandaise en créant des logements provisoirement divisés en deux pour faire face à la crise du logement (réversible, deux F2 peuvent devenir un F4). D’un style moderne nettement affirmé, la cité Rosenberg est édifiée entre 1950 et 1952 ».
L’Architecture d’Aujourd’hui poursuit ainsi : « Chaque logement dans son état actuel, c’est-à-dire provisoire, comporte une entrée, une chambre à deux lits, une loggia et un séjour dans lequel on peut placer un lit de deux personnes. La cuisine est séparée du séjour par un rideau ou une cloison mobile. Des placards, montant jusqu’aux soffites, ouvrent sur la chambre ou le séjour.



« En façade, le remplissage entre murs de refend porteur, sol et plafond, réalisé par des panneaux préfabriqués (âme en Dufaylite). Ils comprennent: un parement extérieur en fibrociment, une parement intérieur en placoplâtre. Ils sont colorés extérieurement « .
« Le programme et le plan de logement du bâtiment haut sont très voisins de ceux du bâtiment bas. Mais ici, la partie en hauteur (8 étages) entraîne l’installation d’ascenseur et de rues intérieures tous les 3 étages ; dans les étages sans rues intérieures, les logements pourront également être groupés 2 à 2 par la suite ».


SOURCES :