
Bourgade vosgienne d’environ 1.400 habitants située à mi-chemin entre Saint-Dié et Gérardmer, Corcieux a été en grande partie incendiée en novembre 44 par l’armée allemande qui battait en retraite. De la destruction du centre de Corcieux, seule la tour de l’église a pu être conservée.
Le nouveau Corcieux est un exemple particulièrement intéressant de reconstruction réalisée dans une petite ville sinistrée après la Seconde Guerre mondiale.
Si le Plan de Reconstruction et d’Aménagement a remodelé assez profondément la configuration du village, l’usage de matériaux traditionnels a fait que les habitants n’ont pas vraiment été dépaysés par cette reconstruction.
Une reconstruction qui a été labellisée Architecture Contemporaine Remarquable en 2015.
Corcieux n’est reconnue ville sinistrée que le 28 février 1945, car seul le bourg a été anéanti et les bâtiments détruits ne représentent qu’un quart de ceux de l’ensemble du territoire de la commune. Pourtant cette petite bourgade vosgienne a beaucoup souffert.
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, son maquis est le seul de cette contrée à avoir pu répondre à l’appel de la France Libre transmis par la BBC : « Croissez roseaux, bruissez feuillages. Je porterai l’églantine ». Les résistants attaquent la garnison allemande ; la répression sera terrible : 70 fusillés, 104 déportés.
En novembre 1944, devant l’avancée des Alliés, les troupes nazies pratiquent la politique la terre brûlée. Après avoir poussé la population à évacuer, une partie de Saint-Dié et plusieurs villages sont systématiquement incendiés au lance-flamme.
A Corcieux, le bilan de cette tragique nuit du 15 au 16 novembre 1944 est lourd : 82 bâtiments sont totalement détruits, 12 gravement endommagés et une centaine touchés. Le tribut humain de Corcieux est, lui aussi, important : 37 morts, 86 prisonniers et plus de 200 déportés…

Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (M.R.U.) propose l’architecte-urbaniste parisien François Boleslas de Jankowski pour reconstruire la Corcieux, mais aussi les villages de Gerbépal, Anould, Saint-Léonard et Saulcy-sur-Meurthe. Il se rend sur place en mars 1945.
Le 8 juin, l’architecte présente les grandes lignes de son plan de reconstruction de Corcieux. Suivant les directives du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, cet avant-projet préserver la physionomie générale de Corcieux tout en l’adaptant au futur développement de la circulation automobile et à l’accroissement attendu de la population. Sa nomination est validée par le Conseil municipal de Corcieux le 25 juin 1945.
Les premières tâches vont être de rétablir les axes de circulation, de raser les ruines et de loger les sinistrés.


Après la nuit tragique du 15 au 16 novembre, les habitants de Corcieux, comme dans beaucoup de villages et villes sinistrés, ont été contraints de se réfugier dans les bâtiments épargnés ou de réaménager tant bien que mal des ruines. A Corcieux, il faudra attendre l’automne 1945 pour que l’on commence à construire à l’Est du bourg des bâtiments provisoires en bois, au fur et à mesure de la disponibilité des matériaux, des dotations du M.R.U., mais aussi de l’aide venant des Alliés ou de généreux donateurs (l’American Aid To France, la mairie du 8e arrondissement de Paris, les communes de Bourbon-l’Archambeau, d’Auxonne et de La Neuveville en Suisse…).
Les conditions de vie dans ‘’ces baraques’’ sont sommaires et les équipements rudimentaires.




François Boleslas de Jankowski va élaborer un Plan de Reconstruction et d’Aménagement (PRA) selon les directives du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme concernant les villages sinistrés.

Cartographie, par Henri Jean-Yves, des zones et des périmètres de la reconstruction d’après le Plan de 1947 – Inventaire du Patrimoine Région Grand Est
Ce Plan remodèle assez profondément la configuration du village tout en privilégiant l’usage de matériaux traditionnels de façon à conserver sa physionomie générale. Pour faciliter la circulation, il prévoit modifie le tracé des rues et en ouvre de nouvelles.
Pour que le centre-ville soit moins dense, un ‘’quartier de compensation’’ est créé à la périphérie pour y construire des logements collectifs en remplacement de ceux qui ont été détruits et anticiper le développement de la commune. Les activités industrielles sont reléguées quant à elles à la périphérie, au sud et au nord. Des réserves sont prévues pour la construction d’une gendarmerie, d’un centre médico-social, de terrains de sport et d’une piscine.
Toujours selon les directives du M.R.U., le Plan de Reconstruction prévoit de regrouper au centre-ville autour d’une même place en centre-ville, la mairie, le foyer rural et le groupe scolaire. Cette disposition est rapidement écartée.
Lors de l’enquête publique, les habitants formulèrent un certain nombre d’objections, notamment sur l’emplacement de la nouvelle église qu’ils souhaitent voir reconstruite à l’emplacement de l’ancienne église. L’architecte accepta d’amender son projet qui sera adopté par le Conseil municipal en septembre 1946 et approuvé par le préfet le 1er septembre 1947.
En janvier 1949, une Association Syndicale de Reconstruction (ASR) chargée de représenter les intérêts des sinistrés des cantons de Corcieux et Fraize est constituée. Sa première tâche consiste à gérer le remembrement permettant de simplifier et d’optimiser le découpage parcellaire des terrains du centre de la commune. Elle suivra par la suite les dossiers de dommages de guerre, les travaux de reconstruction et participera à l’attribution des logements des immeubles préfinancés par l’État.

Corcieux est divisé en quatre îlots : Gras-Pré, Hôtel-de-ville, de la Butte et du Plafond. Les premières reconstructions débutent en 1949 dans l’îlot du Gras-Pré et se terminent en 1951. L’année suivante les travaux débutent dans l’îlot du Plafond et dans l’îlot Nord. Puis en 1951, ceux de l’îlot de la Butte qui s’achèvent en 1953.
Les sinistrés qui souhaitent mandater eux-mêmes un architecte pour reconstruire leur bien doivent en pratique attendre de connaître le montant officiel de leur indemnité de dommage de guerre pour entreprendre leur projet. Ce qui prendre quelques années.
Aussi, devant la pénurie de logements, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme a mis en œuvre dès 1947 des programmes de construction d’immeubles collectifs préfinancés par l’État sans attendre la finalisation des dossiers individuels de dommages de guerre. Corcieux a ainsi bénéficié de plusieurs ‘’opérations préfinancées’’ réalisés dans les îlots du Plafond et de la Butte.

Vue aérienne en 1951 : en haut de l’image, L’église provisoire est en place, l’îlot du Gras-Pré est terminé. A gauche, les travaux du groupe scolaire n’ont pas encore commencé – Carte postale CIM
Treize architectes d’opérations auront travaillé sur ces chantiers. Les plus actifs sont Francis Massé, Roger Ringwald et Roger Perrin. Ils ont ainsi pu être impliqués, soit dans la construction d’équipements publics, d’immeubles collectifs préfinancés par l’État, ou de bâtiments privés.
A Corcieux, les contraintes posées par le Plan de Reconstruction et d’Aménagement sont assez simples : « les zones d’habitation en continu sont clairement définies, pour les façades de rue, sont interdits les matériaux métalliques, synthétiques ou d’imitation, les saillies d’architecture sont limitées, les enduits doivent être clairs ou tons pierre ». Les demandes de permis de construire sont soumises à l’Architecte-en-chef de la région de Saint-Dié.
Comme le souligne Jean-Yves Henry dans sa notice sur Corcieux pour l’Inventaire général du patrimoine de la région Grand Est : « Le PRA détermine les zones d’habitation en continu, les règles architecturales et les ordonnances et disciplines d’architecture. Bien que six architectes soient intervenus dans la conception des immeubles qui bordent les rues principales, ils ont produit une architecture assez uniforme, aux façades et toitures parfaitement alignées, rythmée uniquement par l’alternance des vitrines, portes ou fenêtres en rez-de-chaussée, les décrochements de toiture dus à la pente des rues ou le nombre de lucarnes rampantes sur les toits. Seuls quelques immeubles et le côté impair de la rue de l’Hôtel-de-Ville, où l’architecte Roger Ringwald chargé de l’Opération préfinancée de l’îlot de la Butte développe une architecture un peu plus originale, y font exception ».


Toutefois, les auteurs d’une étude sur l’évolution des avant-projets de reconstruction dans l’arrondissement de Saint-Dié ont souligné l’importance du rôle de Georges Michau lorsque celui-ci exerçait les fonctions d’Architecte-en-chef pour ce territoire : « Georges Michau a une idée précise du style architectural à imposer sur le territoire : il souhaite avant tout une architecture uniformisée, définie par sa rigueur et sa reproductibilité. Localement il oriente, malgré sa formation aux Beaux-Arts, les avant-projets vers les grands préceptes de la modernité et de la construction industrialisée, encouragés par le MRU : encadrements de baies en béton, recours à des matériaux standardisés, à la préfabrication et à la construction en série. Ses avis et refus témoignent de sa volonté d’imposer une certaine modernité et ses préférences stylistiques (…). Aucun décor superflu, aucune colonne ne sont tolérés ; l’avant-corps central surmonté d’un fronton disparaît, car Michau exige la rationalité et la simplicité ».


L’essentiel des bâtiments est terminé en 1955, à quelques exceptions près : l’église, le garage automobile et de l’Hôtel du Commerce.
La Reconstruction de Corcieux est fêtée officiellement le 22 mai 1955. Le maire invite une centaine de personnalités presque toutes présentes à la manifestation. Le programme comprend service religieux, cérémonie au monument aux morts, inauguration des places, rues et monuments publics, vin d’honneur et banquet, concert, feu d’artifice avec embrassement de la mairie et du groupe scolaire. La journée se termine par un bal populaire.


SOURCES :