
La chapelle catholique de la Sainte-Croix, prisme de béton perché au bord d’une falaise dans le désert de l’Arizona, est un édifice étonnant, témoin de la persévérance d’une femme, Marguerite Brunswig Staude, qui fut à la fois sculptrice, héritière et philanthrope.
C’est en admirant la construction de l’Empire State Building en 1930, qu’elle eut une révélation : elle devait faire construire une chapelle intégrant dans sa structure le dessin d’une Sainte-Croix. Une chapelle en mémoire de ses parents, Marguerite et Lucien Brunswig, qui avaient fait fortune dans l’industrie pharmaceutique.
Elle envisagea tout d’abord de l’ériger à Budapest, malheureusement son projet fut interrompu par la guerre. Elle choisit finalement de la construire dans le désert en Arizona. La chapelle fut consacrée en 1957. Depuis, visiblement, cette petite chapelle ne désemplit pas.
En 1930, une jeune sculptrice issue d’un milieu aisé loua un atelier au dernier étage de l’hôtel Carlyle à New York. De là, elle avait une vue imprenable sur la charpente métallique du nouvel Empire State Building en construction, et au fil des semaines, sa perception de la sculpture s’étendit à l’architecture.
Il lui apparut, comme à d’autres, que la structure d’un gratte-ciel en était éminament dramatique, peut-être même d’une extrême intensité dramatique pour notre époque.
Une autre pensée lui vint à l’esprit : le crucifix, symbole angulaire de la religion occidentale, est un thème récurrent dans la structure d’un tel édifice.
L’image persista, et 25 ans après que la structure métallique du plus grand gratte-ciel du monde eut été dissimulée sous son enveloppe austère, Marguerite Staude donna corps à cette idée architecturale.
Pour la somme de 250 000 dollars, en mémoire de ses parents, elle offrit à l’église catholique d’Arizona une projection de la croix structurelle, une petite chapelle isolée, à une heure et demie au nord de Phoenix, mais qui ne désemplit jamais. Conçue autour d’un crucifix monumental, la chapelle s’intègre à une allée d’accès de 45 mètres de haut menant à deux flèches de grès rouge d’une beauté singulière.
Lorsqu’ils ont entamé la conception en 1953, les architectes ont contemplé le site et déclaré : « La nature a tout fait ici. Il nous suffit d’être discrets.» Avec des formes et des matériaux simples (les murs sont en béton à gros granulats), ils y sont parvenus, sans pour autant négliger la moindre possibilité de créer un effet spectaculaire.

Pour concevoir et construire la chapelle, Marguerite Brunswig Staude choisit l’agence Anshen and Allen basée à San Francisco. Ce sont les architectes Richard Hein et August K. Strotz qui furent chargés de mener à bien ce projet. Restait à trouver le lieu idéal pour l’édifier.
Après avoir sillonné en long et en large la région située au sud du Grand Canyon, son choix se porta sur un promontoire escarpé à côté de la petite ville de Sedona où Marguerite venait d’acheter un ranch avec son mari. Un paysage âpre et tourmenté qui lui paraissait idéal. Mais le lieu était situé sur des terrains au U.S. Forest Service. C’est heureusement grâce à l’intervention du Sénateur Barry Goldwater que Marguerite Brunswicg Staude pu obtenir le permis de construire à titre dérogatoire et l’autorisation de l’évêque de Phoenix pour construire cette chapelle dans un lieu aussi reculé.


La chapelle repose sur un plan rectangulaire de 15 mètres de long sur 6 de large et 9 de hauteur. La croix, œuvre du sculpteur Keith Monroe, fait partie intégrante de la structure. Surplombant les rochers, la façade Ouest fait 27 mètres de hauteur. La façade Est marquant l’entrée fait 9 mètres de haut. La boutique de souvenirs et les bureaux sont installés dans le niveau inférieur accessibles depuis la chapelle.


L’édifice a été construit avec une ossature métallique et des éléments en béton armé préfabriqués coulés sur place. Pour colorer les parois, on a adjoint au béton du sable rouge venant de Monterey en Californie, puis les murs ont été sablés.
La chapelle n’a pas de fenêtre sur les côtés. Elle est éclairée par les baies vitrées à chacune de ses extrémités. L’autel est en marbre noir.
Le chantier débuta en avril 1955. Les entreprises durent transporter sur place tout ce qui leur était nécessaire, y compris des générateurs pour produire l’électricité et l’eau pour fabriquer le béton. Vingt-cinq tonnes de rochers furent déplacés pour installer la rampe d’accès, préparer le terrain et enfouir les fondations. La construction fut achevée en octobre 1956 et la chapelle fut consacrée au printemps de l’année suivante.

Plan-masse – Architecture d’Aujourd’hui 1957


Vue de la rampe d’accès – Nancy Burgess, 2012


Vue en contre plongée – Architectural Forum, Dec 1956

SOURCES :